jeudi 30 janvier 2014

Avec Valérie Trierweiler, «le Président aurait pu être plus délicat»


Ce jeudi 30 janvier, Valérie Trierweiler a choisi de sortir du silence et d’accorder une interview à Paris Match. « Quand j'ai su, j'ai cru tomber d'un gratte-ciel », confie-t-elle à l’hebdomadaire. François Hollande a-t-il bien géré sa communication ? A-t-il eu raison de mettre publiquement fin à sa liaison avec sa compagne à la suite des révélations de Closer ? Eléments de réponse avec le publicitaire Jacques Séguéla.
François Hollande a-t-il bien géré sa communication ? - Photo : Garci80/Flickr cc.


« "Toute ma gratitude va à l'extraordinaire personnel de l'Elysée. Je n'oublierai jamais son dévouement ni l'émotion au moment du départ. » C’est par ces quelques mots que Valérie Trierweiler a souhaité commenter sa rupture avec le chef de l’Etat. Or selon des confidences recueillies par Le Canard enchaîné, en prenant connaissance de ce message, François Hollande aurait lancé devant ses collaborateurs : « S’il y a des gens qui souhaitent quitter l’Elysée pris par l’émotion, ils doivent me le dire dans les prochains jours. »

Que penser de la communication du chef de l’Etat depuis les révélations de Closer sur sa supposée liaison avec l’actrice Julie Gayet ? Peut-il sortir dignement de toute cette affaire ? Décryptage avec le publicitaire Jacques Séguéla.
JOL Press : Qu’avez-vous pensé de la communication présidentielle autour de l’affaire Valérie Trierweiler ?
Jacques Séguéla : J’ai trouvé qu’au début du mois de janvier, la communication de François Hollande était sans faute. Cette période était cruciale pour lui et ses divers vœux ainsi que la conférence de presse ont été, malgré le contexte difficile, particulièrement réussis. Mais alors qu’il avait très bien géré, devant les médias, cette affaire de séparation, il a mis un point final à l’affaire de manière beaucoup trop brutale. Ce communiqué à l’AFP était plus « énarquien » qu’humain.

L’affaire a été bien traitée du point de vue de l’homme d’Etat car il a posé un acte d’autorité et désormais la page est tournée, cependant, en tant qu’homme, il aurait pu avoir plus de délicatesse. Certes, c’est elle qui a refusé le communiqué commun mais je pense qu’il aurait fallu un peu plus de tendresse dans ce moment délicat.

JOL Press : Valérie Trierweiler n'a plus, depuis dimanche, un espace dédié sur le site Internet de l'Elysée et son compte Twitter institutionnel a été supprimé. Est-ce normal selon vous ?

Jacques Séguéla : Autant je trouve le communiqué un peu dur, autant je pense qu’il est normal que l’Elysée retire les photos de celle qui n’est plus la Première dame. La page est tournée. Les Français, très susceptibles sur les dépenses de l’Etat, sont, je le pense, satisfaits de cette clarification. Que l’Elysée aille au bout de la séparation, c’est plutôt bien.

L’Elysée veut aussi montrer par là qu’il supprime le rôle de la Première dame et je ne crois pas que ce soit une bonne idée. J’espère qu’il y aura un jour une nouvelle Première dame. Il ne faut pas assassiner son rôle : elle a une fonction d’humanité au côté de son mari et d’ambassadrice de la mode, des valeurs, du luxe, de l’art de vivre à la française. S’en prendre à cette fonction, c’est s’en prendre au rôle d’une femme dans un couple. « Derrière chaque grand homme, se cache une femme ».
JOL Press : Comment François Hollande peut-il sortir dignement de cette affaire ?
Jacques Séguéla : Je pense que la page est tournée, il ne doit plus en parler. Si, dans plusieurs semaines, il revient, au cours d’une interview, sur cette histoire avec deux mots de tendresse pour la femme qui a partagé sa vie, cela serait très bien accueilli. Mais pour l’heure, il ne doit pas rouvrir le dossier et ainsi sa popularité ne sera pas trop écornée.

En revanche, je pense que cette affaire a pu entacher l’image humaine du président. Selon un sondage Harris Interactive pour Valeurs actuelles, publié en octobre dernier, le chef de l’Etat était jugé honnête par 50% des Français et sympathique par 48% d’entre eux. Le chef de l’Etat a le droit de ne plus aimer une femme et d’en aimer une autre, mais je crains que la façon dont les choses se sont déroulées ne joue pas en sa faveur. Il ne peut pas y avoir de popularité sans affect. Il avait mis beaucoup d’affect dans sa campagne et c’est ce qui manque aujourd’hui à sa communication.
JOL Press : Cette affaire peut-elle au final lui servir ?

Jacques Séguéla : L’acte d’autorité qu’il a posé va lui servir car les Français pensaient, à tort, qu’il n’en avait pas. Et si cette période est difficile à vivre, cette affaire peut lui permettre d’avoir, à l’international, l’image d’un séducteur qui a été aimé par une très belle femme politique française, une très belle journaliste et une très belle actrice. Le regard sur lui va changer.

Propos recueillis par Marine Tertrais pour JOL Press

Jacques Séguéla est un publicitaire, cofondateur de l'agence de communication RSCG en 1970 (absorbée par le Groupe Havas en 1996). Il a longtemps conseillé François Mitterrand. Lors de la campagne présidentielle de 1981, il se fait remarquer par le slogan puisé dans un célèbre discours de Léon Blum : « La force tranquille ».

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