Affichage des articles dont le libellé est Publicité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Publicité. Afficher tous les articles

mardi 25 mai 2021

Jacques Séguéla : « Si tu n’as pas 95 % de notoriété, tu ne peux pas être élu » Propos recueillis par Adrien Voyer pour le Point




ENTRETIEN. De François Mitterrand à Emmanuel Macron, la communication politique a bien changé et le publicitaire est aux premières loges. Il nous raconte.



Un matin de mai, Jacques Séguéla, 87 ans, nous reçoit dans ses bureaux parisiens chez Havas. La salle vitrée ressemble étrangement à un studio photo. Le mauvais temps gâche la vue que l'on devine imprenable sur la capitale. Aussi bien en France qu'à l'étranger, le publicitaire a construit la communication de nombreuses personnalités politiques. L'homme estime que Mitterrand en le faisant participer à sa campagne présidentielle victorieuse de 1981 a fait de lui « le roi de la publicité ». Depuis, les campagnes électorales ont bien changé. Pour Le Point, Jacques Séguéla évoque la transformation de la communication face aux enjeux de 2021. Quel regard porte-t-il sur la politique aujourd'hui ?

Le Point : L'interdiction de la publicité politique par Michel Rocard a-t-elle transformé les campagnes ?



Jacques Séguéla.© PHILIPPE DESMAZES / AFP

Jacques Séguéla : Je dénonce depuis vingt ans une anomalie que personne ne remarque. La publicité politique est interdite dans une seule démocratie du monde, la France. C'est incroyable ! La publicité est née en France, chez Havas, en 1835, et c'est ici même qu'a été décidé d'interdire l'usage de la publicité dans les campagnes politiques : j'ai été abasourdi, et je le suis encore. À l'époque, Michel Rocard était Premier ministre, et c'est lui qui a décidé d'une mesure aussi ridicule. Puisque l'État subventionne les campagnes, il suffisait d'ajouter un budget pub – le même pour chaque candidat – à la dotation de l'État, plutôt que d'en interdire l'usage. J'étais persuadé que ça ne passerait pas, mais je me suis trompé. Cette exception française détruit toutes les campagnes ! Elles ne se résument plus qu'aux trois mots du slogan ; toute la force de la publicité a été tuée. Les candidats multiplient ainsi les meetings dont la presse va extraire une minute à destination de la télé, où l'on verra le candidat et son affiche. Ça coûterait tellement moins cher de coller ces affiches directement dans la rue. C'est de l'argent jeté par les fenêtres.



En politique, la communication occupe une place croissante. Le numérique a-t-il été une révolution ?


Malgré la percée du numérique, la stratégie n'a pas changé. Un candidat doit pouvoir être défini en un slogan et avoir une affiche. « En marche ! » a joué un rôle majeur dans la victoire de l'actuel président, c'est incontestable. Un soir de campagne en 2017, Macron est venu dîner à la maison avec l'idée de changer de slogan. « En marche ! » avait déjà été trouvé, mais il voulait du slogan « La France est une chance ». Je lui ai dit : « Tu utiliseras ce slogan un jour, mais pas dans cette campagne. En marche ! est le slogan idéal. » Dans la typographie, il y a le visuel, et c'est aussi ce qui fait sa force.

Son affiche a tué tous les autres candidats. L'histoire retiendra qu'il y a eu deux très beaux slogans : « La force tranquille » de Mitterrand et « En marche ! » de Macron. Vous savez, les images sont les sous-titres des mots ; ce sont les mots que les gens retiennent, mais si vous avez les mots, l'image vous rentre aussitôt dans la tête. « Le poids des mots, le choc des photos » fonctionnera toujours.

Le numérique, c'est le grand danger du XXIe siècle. Les fake news viennent pourrir les campagnes, c'est pourquoi les candidats d'aujourd'hui et de demain doivent s'y préparer. Les réseaux sociaux sont des fleuves de boue, et plus le numérique gagnera du terrain, plus la charge de vérification de l'information sera importante. Hier, on mettait vingt-trois heures à rétablir la vérité, quand aujourd'hui cela doit être fait en vingt-trois minutes.


Les candidats se comportent-ils de la même façon que dans les années 1980 ?

Aujourd'hui, les candidats manquent de conviction, et, par conséquent, de préparation.

Le débat reste le débat. Pour le gagner, on doit s'y préparer. Nicolas Sarkozy a perdu son débat face à François Hollande en 2012, car il ne s'y était pas préparé. Il s'est cru plus fort que le débat, et ç'a été catastrophique. Je me souviens que Mitterrand préparait le débat de 1981 depuis des mois. Il est devenu le meilleur communicant à la télévision, parce qu'il s'y est préparé. Dans son vocabulaire, Mitterrand était volontairement en dessous de ses capacités, et il avait raison : il faut parler « peuple » pour s'adresser au cœur de la France. Giscard parlait « lettré », c'était sa faute. Mitterrand cherchait à faire passer son adversaire pour le « docteur honoris causa » un peu démodé. Il a su s'adapter à la télévision, employant des formules chocs et simples qui touchent le cœur. La force tranquille a été une campagne d'émotion. Génération Mitterrand encore plus. Après de Gaulle, Mitterrand est le dernier président iconique. C'est dû à la communication.

Les campagnes de 1981 étaient libérées tandis qu'aujourd'hui elles sont verrouillées. Quand Giscard d'Estaing a été mêlé à l'affaire des diamants, j'ai détourné ses affiches électorales en remplaçant ses yeux par des diamants. Les gens ont applaudi mais c'était mafieux. Après coup, je m'en suis beaucoup voulu. Je n'ai pas été poursuivi pour autant. Aujourd'hui, la société est beaucoup plus moralisée, lyophilisée. Et puis que dire des meetings… ils ont du plomb dans l'aile – à l'exception des meetings de fin de campagne qui restent grandioses. Le meeting de Sarkozy au Trocadéro était d'une beauté absolue, c'est le roi des meetings.


Que dire de l'impact de l'image qu'un politique donne de lui ?

L'image qu'un politique renvoie est aussi importante que les mots. Beaucoup de gens disent que Macron est hautain, mais il ne l'est pas du tout. Il a commis une faute en supprimant l'impôt sur la fortune. Je l'avais pourtant prévenu : « Si tu es comme les riches, tu seras hautain. » Cette mesure a empoisonné son quinquennat et a profondément entaché son image. La campagne de 2022 va être décisive. Je crois que seuls Emmanuel Macron et Édouard Philippe peuvent battre Marine Le Pen, qui pour la première fois a une chance. En politique, si tu n'as pas 95 % de notoriété, tu ne peux pas être élu. Si Valérie Pécresse est candidate, elle n'a que très peu de chances de l'emporter. Les Parisiens la connaissent, mais au-delà de 50 kilomètres, on ne la connaît pas. Xavier Bertrand a gagné une notoriété nationale deux ans plus tôt, ce serait plus simple pour lui d'accéder au second tour.

En 2002, Lionel Jospin était candidat, et il a perdu. Il n'a pas joué le jeu de la communication par vertu. Jospin est un homme intransigeant. Il ne voulait pas utiliser les fourches caudines de la communication pour communiquer.


En 2017, Macron a mené une campagne exceptionnelle. Mais quand on fait du grandiose, ça n'arrive pas deux fois. S'il est candidat à sa réélection, il va devoir mettre les bouchées doubles. La prochaine campagne se jouera à la fois sur le digital et sur le débat, mais l'affiche et le débat vont perdurer encore quarante ans…

"Iconique", épisode #4 : L'écharpe rouge de François Mitterrand





Quatre décennies après son entrée à l’Elysée, le 21 mai 1981, quel souvenir gardons-nous du quatrième président de la Ve République ?Si on ferme les yeux, François #Mitterrand apparaît avec son écharpe rouge, cet attribut emblématique qui facilite le boulot des caricaturistes et des dessinateurs de presse. Pour preuve, c’est de cette façon que la dessinatrice Coco a représenté "Tonton" en Une de Libération le 10 mai 2021.

Quarante ans plus tard, le #podcast "Iconique" agite le chiffon rouge et remonte (featuring Jacques Séguéla) à la source de la communication politique de l'homme de Latché jusqu'à une plage des Landes.

"Iconique", épisode #4 : L'écharpe rouge de François Mitterrand
Pour écouter le podcast sur votre plateforme préférée, il suffit de cliquer juste ici

mardi 19 janvier 2021

50 ANS à donner du SENS à son MÉTIER - Les publicités INOUBLIABLES de Jacques SÉGUÉLA

 

Jacques Séguéla, publicitaire de renom, a travaillé pour de grandes marques telles que Evian, Louis Vuitton ou encore Citroën. Il a également réalisé 1500 campagnes publicitaires et 20 campagnes présidentielles. Au-delà de sa carrière professionnelle, Jacques Séguéla est un homme de coeur qui encourage chaque personne à oser être créatif, aimer le goût du risque et se dépasser.Dans cette vidéo, il va te raconter comment il a réussi, alors que cela semblait impossible, à réaliser une publicité sur le porte avion Charles de Gaulle. Malgré tout son talent, il est passé comme tout le monde par des périodes de doutes et d'échecs. Tu découvriras dans cette vidéo comment il a pu se sentir coupable vis-à-vis de la moitié des français.

0:00​ • Introduction

Cet entretien est une pépite pour tout ceux qui veulent challenger le status quo ! Bon visionnage !

 Chapitres :
1:17​ • Générer une l’émotion
1:46​ • Atteindre l’impossible et marquer les esprits
7:18​ • S’assurer que son idée est la bonne
9:44​ • La genèse de la publicité crash test
11:42​ • Les clés pour réussir sa vie
13:32​ • Gestion des échecs
20:10​ • Le monde d’hier, et celui de demain
24:28​ • Mot de la fin David Laroche
https://davidlaroche.fr


vendredi 8 janvier 2021

Sébastien Krebs avec Jacques Séguéla - Europe 1

 




Europe 1 vous accompagne chaque jour de la semaine dès les premières lueurs du soleil avec de l'information et de la convivialité. L'émission parfaite pour commencer la journée du bon pied, et informer.

Les invités :

- Luc Smessaert, polyculteur éleveur dans l’Oise à Roy-Boissy

- Jacques Séguéla, publicitaire, cofondateur d'Euro RSCG

- Gérard Klein, interprète de L’Instit sur France 2 de 1993 à 2005


- Mathieu Zagrodzki, spécialiste des forces de l’ordre aux Etats-Unis et en France, chercheur associé au CESDIP

jeudi 15 octobre 2020

Si t'as pas écrit un livre sur l'écologie avant 50 ans...

Jacques Séguéla s'est converti à l'écologie : c'est bien. Oui mais il en a fait un livre...



ne dites pas à ma femme que j'ai lu le dernier livre de Jacques Séguéla, elle croit que j'ai un vrai travail• Crédits : Pierre Perrin - Getty



Bien que n’étant pas d’un naturel rancunier, je garde une dent contre un de mes anciens camarades d’université, avec qui je m’étais retrouvé en binôme pour faire un exposé sur Pierre Bourdieu. J’avais bossé, lui très peu, tout juste le temps d’absorber le fruit de mon travail. A l’oral, c’est pourtant lui qui avait récolté les félicitations de l’enseignant.

Depuis, j’éprouve une vraie compassion pour tous ces universitaires, cette armée laborieuse d’intellectuels, qui passent des années à creuser un sujet, à rédiger une thèse, et qui voient surgir de nulle part de purs opportunistes qui leur volent la vedette.

Je me mets par exemple à la place des épidémiologistes dans leurs unités de recherche, confrontés, depuis le début de la pandémie, à l’omniprésence médiatique d’un Michel Cymes. Ou alors à celle des penseurs de la condition animale, relégués à l’arrière-plan et aux notes de bas de page par ces grands vulgarisateurs télégéniques que sont Aymeric Caron ou Franz-Olivier Giesbert. Nul n’est prophète dans son pays…ni dans son domaine de recherche.

A vrai dire, l’an dernier, en débutant cette chronique, j’avais plutôt le sentiment d’être du mauvais côté du manche, celui des imposteurs, ou des bouffons pour reprendre l’expression de Christian Salmon. ‘’Mais qui c’est ce gugusse qui vient nous parler d’écologie tous les matins ?’’ : voilà à peu près ce que devaient se dire (et ce que se disent peut-être encore) les vrais spécialistes du sujet.

J’en étais là de mes complexes jusqu’à ce qu’un livre vienne me délivrer du dernier mes scrupules : celui de Jacques Séguéla, ‘’Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !’’, tout juste publié aux éditions Coups de cœur.

L’homme le plus bronzé qu’il m’ait été donné de voir depuis que je suis né venait donc à son tour de prendre le train de l’écologie en marche ! Ce qui à vrai dire n’a rien d’étonnant. Il n’y a pas mieux qu’un publicitaire pour recycler les idées à la mode (quitte à se renier lui-même), et il suffit de faire un bref séjour devant un écran de télé pour mesurer à quel point c’est déjà le cas : le culte de la performance et l’accessibilité du prix y ont été remplacés, dans les slogans, par le made in France, le terroir, le recyclable, l’écoresponsable, le bio, le 100% naturel, le bon pour la planète…bref toute la panoplie du greenwashing.

Mais c’est pour la bonne cause, nous dit Jacques Séguéla, à qui on ne pourra pas reprocher son ingratitude : la pub l’a nourri, il lui renvoie l’ascenseur : ‘’les marques seront en première ligne pour (la) refondation du monde…Quel bonheur : un quart des investissements marketing en France sont destinés à rendre le monde meilleur’’, ‘’le pouvoir des marques entre en guerre contre la détérioration de la planète’’.

L’avantage avec les publicitaires, c’est qu’ils ont le sens de la formule et de la typographie : les saillies de Jacques Séguéla sont écrites en caractère gras, ce qui encourage le saut de paragraphe. En voici quelques-unes : ‘’charité écologique bien ordonnée commence par soi-même’’, ‘’la mer est une terre d’espoir’’, ‘’eau secours’’, ‘’S.Eau.S’’, ‘’il n’est jamais trop tôt pour savoir qu’il n’est pas trop tard’’! C’est quand même autre chose que du Bruno Latour.

Vous allez me dire : ça ne nous dit pas ce qu’il y a dans ce livre. Et bien si, quand même, un peu. L’écologie, selon notre néo-converti, c’est une grande compilation d’articles et de données scientifiques, plus ou moins sourcés, sur le changement climatique, la biodiversité, l’appauvrissement des ressources, l’intelligence artificielle,…compilation à propos de laquelle Jacques Séguéla aurait pu écrire qu’il ne suffit pas de mélanger toutes sortes de poissons pour faire une bonne bouillabaisse.

Et puis il y a des réflexions plus personnelles. Comme par exemple celle-ci à propos de la sécurité des installations nucléaires : ‘’il faudra qu’on m’explique comment l’homme peut aller vivre sur Mars mais serait incapable de fabriquer une centrale atomique qui ne fuit pas’’. Ou encore celle-là : ‘’il existait dans les toilettes publiques une pancarte : merci de laisser cet endroit aussi propre en sortant que vous l’avez trouvé en entrant. Et si nous appliquions à notre planète la même résolution ?’’

Je ne sais pas ce qu’en penseront les scientifiques qui alertent depuis des années sur le changement climatique lorsqu’ils verront que leurs ouvrages se vendent moins bien que celui de l’ancien dirigeant de RSCG. Mais ne comptez pas sur moi pour endosser la moindre responsabilité. Ne dites surtout pas à ma mère que j’ai fait une chronique sur le dernier livre de Jacques Séguéla, elle me croit journaliste à France Culture.

samedi 13 octobre 2018

JACQUES SÉGUÉLA : « ENTRONS EN RÉSISTANCE CONTRE LES GAFA ! » - STRATEGIES


« Le diable s’habille en Gafa » : le nouvel opus de Jacques Séguéla, qui sort le 11 octobre aux éditions Coup de gueule, est une charge contre Google, Apple, Facebook et Amazon. Le publicitaire le plus connu des Français y dénonce notamment ce qu’il appelle le « dataïsme » : la dictature de la data.




Que de flamme dans votre livre! On sent que le sujet vous tient à cœur… 

Aux premières lignes du livre, je n’étais pas convaincu du sujet, j’étais un peu perdu devant l’avalanche des infos. Et soudain je me suis mis à surfer sur l’actualité. J’ai commencé en juillet 2017, plus le temps filait, plus je voyais la suite du feuilleton s’écrire sous mes yeux. Pour que ce méli-mélo ait de la tenue j’ai beaucoup coupé, beaucoup nourri, beaucoup repris. D’habitude j’écris plutôt mes ouvrages d’un trait avec une dizaine de relecture corrective, celui-ci en a nécessité 30! C’est peut-être un porte-bonheur: c’est mon trentième livre.
C’est d’abord un SOS! Nous ne voulons pas du diable mais nous sommes prêts à en accepter une part. C’est l’histoire de l’inventeur de la roue, il y a 6000 ans, qui débouche sur l’automobile, et sur les accidents de la route qui vont avec… Mais où serions-nous sans la voiture? Chemin faisant, les gouvernements se sont rendu compte du drame humain qu’elle provoquait et de son impact financier, ils en ont appelé à la prévention. Pourquoi ne faisons-nous pas de la prévention sur les dangers du numérique? Je précise aussitôt, avant d’être lynché par les progressistes de tous bords, que le numérique va changer le monde, sauver des vies, certainement plus qu’en gâcher. Mais est-ce une raison pour subir le pire alors qu’il suffit de garder le meilleur?

En quoi les publicitaires ont-ils fait le lit des Gafa?

Les Gafa se sont construits sur les budgets des annonceurs que nous leur avons apportés. Cinq ans après sans crier gare, ils se sont mis à voler de leurs propres ailes. Sir Sorrell en a payé le prix… Le livre narre ainsi les grandeurs et les misères de la 3e révolution de notre ère. À la révolution marchande, puis industrielle succède enfin la révolution infostrielle: la nôtre. Nous voici, nous publicitaires, dans l’œil du cyclone, un marché que désormais tous les ploutocrates du numérique convoitent des Gafa aux Accenture, Deloitte et autres. Mais nous ne les laisserons pas nous dévorer. La pub a la peau dure.

Ressentez-vous de la culpabilité par rapport à ce constat?

Il faut toujours reconnaître ses faiblesses. Au XXème siècle, jusqu’à l’arrivée du net, la pub était de la propagande. Des messages assénés sans droit de réponse, non par volonté, mais par incapacité technologique. Le net est venu remettre les pendules à l’heure, donnant la parole au consommateur, parfois plus forte que celle des annonceurs: le consommateur est entré en démocratie de consommation. C’est pour nous la plus grande victoire du net. Mais nous allons découvrir que les quatre garçons dans le vent de la Silicon Valley ont thésaurisé, sans leur accord, chacun des gestes les plus intimes de nos consommateurs. Les datas sont désormais capables de détecter une sorte d’âme souterraine qui serait la nôtre mais qui nous est inconnue. Ils se sont mis, sans autorisation, ni information, ni participation, à exploiter jusqu’à notre inconscient affectif.
Le ciblage personnalisé est l’une des plus grandes avancées de notre métier mais il ne peut s’accepter sans l’autorisation de la personne ciblée. Comment ne pas prendre peur? Comment ne pas entrer en résistance?

N’avons pas finalement tous été complices?

Tout à fait ! C’est le plus grand hold-up du siècle dont nous sommes à la fois complices et victimes. C’est la mort de la personnalité, la mort de l’intimité, la mort de la vie privée. C’est un peu la démonstration de l’agence Grey au Brésil avec son «Corruption Detector», la campagne est géniale mais le procédé fait réfléchir. Je n’en reste pas moins optimiste! Je n’ai de nostalgie que du futur. Les optimistes ont inventé l’avion, les pessimistes le parachute. Restons dans l’avion, entrons en résistance. 

Quelles sont les façons de lutter?

La première action revient aux gouvernements. L'Europe a montré l’exemple avec le RGPD, une façon efficace de stopper l’Anchluss des quatre diables, et d’imposer des amendes extrêmement sévères (4% de leur CA). Est-ce suffisant? Le comportement de Zuckerberg devant le Sénat américain montre avec quelle arrogance et quel autisme il continue de bâtir son empire. La richesse des Gafa est comparable au PIB de la France (2600 milliards de dollars), il sera dans cinq ans, dans dix ans celui de l’Europe et pourquoi pas un jour celui du monde. Mais quel monde, un monde qui n’aurait ni cœur ni valeur, ni culture ni aventure, ni civilité ni humanité…
Comment laisser sans réaction ces quatre sociétés, les plus riches du globe avoir, tout savoir, tout pouvoir sur nous? Apple thésaurise aujourd’hui 1000 milliards de dollars, comment lutter? Si au moins, tel Bill Gates, ils utilisaient cette fortune pour aider les 800 millions d’humains qui ne mangent pas à leur faim. Si au moins ils s’engageaient à rendre le monde meilleur. Mais non! Ils ne font que réfléchir à aller sur Mars ou comment vivre 1000 ans. Mais qui veut vivre 1000 ans sur Mars? Le progrès est une machine en accélération permanente sur laquelle il n’y a pas de marche arrière. Nul ne peut le refuser, il construit notre avenir mais il nous appartient de décider de sa finalité. C’est le cri d’alarme mais aussi le cri du cœur et le cri d’espoir de mon livre.

Alors qu’en est-il des robots?

Vive le métro-boulot-robot! Les machines vont changer notre quotidien et nous rendre la vie plus facile. Mais si nous les laissons en liberté, ils peuvent aussi bien nous condamner à mort. Les robots tueurs sont en marche, des tireurs d’acier opérant sur terre, mer ou air. Je suis fan du regretté Stephen Hawking qui militait pour leur interdiction déclarant qu’ils pourraient entraîner la fin du monde. Ces robots guerriers ne connaissent ni la maladie, ni la peur, ni la douleur ni la honte, ni la désobéissance, ni la mort. Ils préfigurent une guerre sans guerrier, une guerre sans conscience, une guerre sans limite. Un jour ils seront leur propre donneur d’ordre, décidant eux-mêmes de leurs cibles. Plus que jamais, les états doivent être leur garde-fou et nous, leurs lanceurs d’alerte.

Ces États sont-ils défaillants?

Ils doivent faire plus et plus vite mais c’est à chacun de nous de s’autoprotéger. Pourquoi naviguons-nous tous sur Google comme des moutons de panurge ? Pourquoi ne passons-nous pas sur Qwant, le moteur de recherche français qui protège nos données et nous pousse au partage?
Pourquoi la Chine est-elle la seule à avoir créer son propre Gafa? À quand un Gafa européen?
L’Amérique est la première concernée, il lui suffirait d’appliquer la loi antitrust, garantie par la constitution depuis 1850, pour stopper cette hégémonie numérique. Mais l’Amérique de Trump ne fera rien.
En France, la haute autorité de la concurrence interdit de détenir plus de 30% d’un marché, les Gafa détiennent 80% de la publicité en ligne. Qu’attendons-nous pour sévir? Il faut aussi faire cesser cette spoliation de chaque internaute et lui payer le prix de ses données. Julien Dray le dernier des Mohicans socialistes, propose le versement d’une indemnité de 50000 euros versés à chaque terrien le jour de ses 18 ans. Chiche!

L’espoir que fait naitre les Gafa chez les peuples n’est-il pas le signe de l’abandon de ce même peuple par les États?

La démocratie a hélas cette limite d’offrir une liberté encadrée. La peste numérique nous conduit, elle, à la pensée unique. Barack Obama lors de sa dernière venue à Paris, invité par les Napoléons a été est le premier à tempêter: «Ce qui est terrible avec les Gafa c’est qu’on ne vous envoie que les news qui vous intéressent. Les conservateurs ne reçoivent que des news conservatrices, les démocrates que des news démocrates». Comment ne pas parler de propagande? C’est la petite mort du pluralisme intellectuel. À force de nous numériser, le numérique fait de nous un numéro. C’est l’envers de la démocratie, une mise à mort de l’altérité. Gardons-nous d’en arriver à ce que nous prédisait le 1984 d’Orwell. Ironiquement, cette mise en garde du premier spot d’Apple, devenu iconique, est justement le monde qu’Apple nous impose. Tim Cook devrait rougir honte.

Comment analysez-vous ce passage du rationnel à l’émotionnel ?

Il est temps de changer de cerveau. Nous en avons deux majeurs, le QE (quotient émotionnel) et le QI (quotient intellectuel). Le QI a rigidifié le 20e siècle, mettant la raison et Descartes à toutes les sauces, créant, ENA oblige, une caste de Jedi de l’économie à l’intelligence supérieure et à l’âme sèche. Le cartésianisme à tout crin finit par en oublier l’essentiel, la nécessité pour tout message de nous toucher et à la tête et au cœur. L’amour sans passion n’est qu’une gymnastique un peu bête. Nos administrations restent des machines à fabriquer de la raison mais ce nouveau siècle est celui de l’émotion. Je me souviens d’être venu à Paris à l’âge de 17 ans faire un test de QI. Le QE n’existait pas encore. Le psychologue conclut sa consultation en prévenant ma mère: «Votre fils n’a aucune faculté intellectuelle, vous devez l’orienter vers les activités manuelles.» Ma mère m’a sauvé la vie. Se levant d’un bond pour lui répondre: «Mon fils, le cancre ce n’est pas toi, c’est lui!» et m’amenant le soir même, et tous les soirs suivants de la semaine, au théâtre et tous les jours dans un musée différent. Elle a révélé mon QE. Merci maman!

Soixante-dix ans plus tard, on ne cesse de répéter que le nouveau média, c’est la data. Non! Le nouveau média c’est l’idée! Une data sans idée est comme un fusil sans cartouche. Tech sans affect n’est que ruine de l’âme et tech sans créa n’est que ruine de l’esprit. Soyons hybrides, il serait aussi stupide de lutter contre la tech que de ne pas lui imposer certaines règles de bonne conduite.

Mais le plus urgent est de protéger nos enfants dépossédés de leurs données sans même y réfléchir. Nous vivons le troisième temps de notre ère moderne après l’Hitlérisme, après le communisme, nous sommes à l’aube du dataïsme. La dictature du Big Data.


Que vous inspire le départ de Martin Sorrell? 

J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour sa vertigineuse réussite. Tout comme celle de Maurice Lévy. À chacun son choix, je préfère Maurice à Martin. Sorrell est un banquier, Lévy, un informaticien. À l’époque, c’était son handicap, c’est devenu sa force vitale. J’imagine que si le maître mondial des forges publicitaires a été si froidement expulsé, c’est pour avoir trop prolongé sa présidence à un moment si périlleux pour la pub. À ce niveau, le combat de trop ne pardonne pas. Maurice l’a compris.

Beaucoup de gens pensent qu’aujourd’hui on peut faire de la pub avec une IA. Qu’en pensez-vous?
L’intelligence humaine a le sens critique, l’intelligence artificielle le sens crypté. C’est sa limite. Une filiale japonaise de McCann a embauché voici 29 ans son premier directeur de création robot. On attend toujours le 1er Lion. Je n’ai qu’une définition de la créativité. Posez à un annonceur la question: que devient la neige lorsqu’elle fond? Il vous répondra de l’eau. Pas pour moi. Pas pour les créatifs lorsque la neige fond elle devient le printemps.
Il nous faut prendre l’intelligence artificielle avec intelligence. Elle n’a pas fini de faire des miracles en santé, en biotechnologie, en éducation, en économie… Sur une simple photo, on peut aujourd’hui distinguer un grain de beauté d’un mélanome naissant. C’est à la dermatologie ce que l’IRM fut à la radiologie. Il a fallu pour cela passer au crible 100000 images médicales.
En France une jeune start up Dream Up vision s’est attaquée à la détection de la rétinopathie diabétique (420 millions de malades). Comment ne pas aimer cette IA là ?
Mais dans le même temps, une équipe de chercheurs de Stanford qui est abjecte, a mis au point la grand algorithme qui permet sur une simple photo de décider si vous êtes homosexuel ou pas. Comment ne pas haïr cette IA là? Je ne veux pas de ce monde pour mes enfants.

Une coexistence pacifiée est-elle néanmoins possible?

Parfaitement. D’ailleurs la créativité sans technologie est amenée à s’éteindre et la tech sans créa fera de nous des robots. Vaut-il mieux être un humain mort ou un robot vivant ? Je préfère encore être un humain mort. Cela me rappelle la phrase de Goethe: «Si les singes savaient s’ennuyer, ils seraient des hommes». Le robot ne sait pas s’ennuyer. C’est là notre supériorité.

[POP TALK] Jacques Séguéla contre les GAFA


On a discuté intimité, data et conscience collective avec le ponte de la publicité française

A l’occasion de la sortie de son nouveau livre Le Diable s’Habille en GAFA, on a rencontré le prolifique publicitaire chez BETC, une des branches du groupe qu’il a co-fondé.

 

Les Grandes Gueules - RMC



Aujourd'hui, c'est au tour de Jacques Séguéla, ancien publicitaire, de passer le Grand Oral des GG. - Avec : Maxime Lledo, étudiant. Marie-Anne Soubré, avocate. Et Jacques Maillot, fondateur du voyagiste "Nouvelles Frontières". - Les Grandes Gueules, du mardi 9 octobre 2018, présenté par Alain Marschall et Olivier Truchot, sur RMC et en simultané sur Numéro 23.

Les "Grandes Gueules" c'est "le show qui vous parle et qui parle de vous"… alors tout le monde parle des GG ! Chaque jour, Alain Marschall et Olivier Truchot sont à la barre d'un talk-show de trois heures en direct intégral avec des personnalités peu ordinaires que sont les "Grandes Gueules". Des personnalités issues de la société civile ! Ils ne sont pas journalistes mais commerçant, commissaire de police, instituteur...

RMC est une radio généraliste, essentiellement axée sur l’actualité et sur l’interactivité avec les auditeurs, dans un format 100% parlé, inédit en France. La grille des programmes de RMC s’articule autour de rendez-vous phares comme la matinale de Jean-Jacques Bourdin, les Grandes Gueules, Radio Brunet ou M comme Maïtena.

Le Débrief de la semaine avec Jacques Séguéla, Eric La Bonnardière (Evaneos) et Richard Menneveux - Frechweb



Nouveau Débrief de la semaine avec Jacques Séguéla, emblématique publicitaire français, et Eric La Bonnardière, co-fondateur et CEO de la plateforme française Evaneos, spécialisée dans les voyages sur-mesure et sans intermédiaire. Face à Richard Menneveux, le fondateur de FrenchWeb, ils abordent les questions entourant la puissance grandissante des GAFA dans le monde entier.

Au programme:


SUR LE VIF / JACQUES SÉGUÉLA, CONSEILLER CHEZ HAVAS

Jacques Séguéla, conseiller chez Havas présente son nouvel opus baptisé "Le diable s'habille en Gafa", dans lequel il explique les dérives des géants du web (Google, Apple, Facebook, Amazon).


vendredi 6 juillet 2018

Communication publicitaire/Jacques Séguéla : « L’Afrique est le continent du présent et du futur… »



www.fratmat.info

Communication publicitaire/Jacques Séguéla : « L’Afrique est le continent du présent et du futur… »

Invité d’honneur de la 6e édition des Ascom, le 5 juillet, l’icône mondiale de la Com’, auréolée de 1500 campagnes pub, 20 présidentielles et auteur de 27 ouvrages, croit en la créativité africaine.


C’est le jeudi 5 juillet, à partir de 9h à l’espace Crrae-Umoa d’Abidjan-Plateau, que se tiendra la 6e édition de la grand’messe des as de la communication, du marketing et de l’évènementiel (Ascom). Autour du thème, « La communication, hier, aujourd’hui et demain », le publicitaire français, perçu comme le « pape de la communication », Jacques Séguéla (84 ans), qui en est l’invité d’honneur, prononcera une conférence publique.

Dans un entretien téléphonique, celui qui a signé plus de 1500 campagnes publicitaires, 20 présidentielles avec pour coup de cœur, la fameuse « Force tranquille » de François Mitterrand, en 1981, et auteur de 27 ouvrages, a exprimé son enthousiasme quant à prononcer, pour la première fois, une conférence sur le continent africain. Bien plus, Séguéla soutient que « L’Afrique est le continent de la fin du 21e siècle et celui du 22e siècle dont les prémices s’écrivent aujourd’hui ». Car, à l’en croire, « avec une population de près de 1 milliard en 2050 dont 40% de jeunes, le continent sera le centre du monde de demain ».

C’est pourquoi, tout en invitant les décideurs de l’écosystème de la communication, aussi bien que ceux des sphères politiques, économiques, culturelles et sociales à comprendre l’intérêt stratégique des Ascom, il les incite, par la même occasion à inscrire la communication au cœur de leurs stratégies. Stratégies qui ne sauraient prospérer avec une jeunesse bien formée et ouverte sur les mutations technologiques qui réinventent les modes de diffusion de la communication, mais aussi de sa conception et de sa consommation.

Toutefois, Jacques Séguéla estime qu’il faille remettre au cœur la communication, les valeurs éthiques et déontologiques, recadrer les pratiques axiologiques et utilitaires de la publicité face à l’essor technologique et la stratégie de création. « La publicité est une arme, à condition qu’elle touche les âmes, elle doit être transparente et simple », confie-t-il avant de proclamer : « La publicité est un mensonge qui dit la vérité ». D’où son enthousiasme à échanger avec les étudiants ivoiriens, notamment ceux du Cercom de l’Université de Cocody, en marge des Ascom.

« Le diable s’habille toujours en Gafa »

Dans un contexte mondialisé, le publicitaire soutient que le défi majeur de l’Afrique voire du monde entier, est de faire front contre les géants du Web qui constituent les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) et qui ont un Pib supérieur à des nations riches comme la France. Une invite au communicants du continent à croire en leur seul talent créatif, indépendamment des innovations technologiques.

Fort à propos, et doué dans la maïeutique de la formule et du slogan, il annonce que son prochain livre portant sur le sujet, s’intitule, d’ores et déjà, « Le diable s’habille toujours en Gafa ».

A juste titre, dans le cadre des Ascom initiés par le communicant et journaliste ivoirien Russel Michel Lohoré, Jacques Séguéla prendra part à la remise des Awards aux As du microcosme de la Com « Made In Côte d’Ivoire », procédera à la dédicace de certains de ses ouvrages et échanger avec des personnalités de haut vol. Les Ascom 2018 sont placés sous le patronage d’Anne-désirée Ouloto, ministre de la Salubrité, de l’Environnement et du développement durable, Porte-parole adjoint du gouvernement, la présidence du ministre du Tourisme, Siandou Fofana et le parrainage de Touré Mamadou, Secrétaire d'Etat chargé de l'Enseignement technique et de la Formation professionnelle.

REMI COULIBALY




lundi 2 juillet 2018

CANNES 2018



L’image contient peut-être : 1 personne, sourit, chaussures et intérieur
Ma chère Pub, en ce jour de gloire pour Havas, je n’oublie pas que tu es menacée de toute part, spoliée par les #GAFA, désincarnée par la tech, cernée par le double doute des annonceurs et des consommateurs. Mais je n’imagine pas, pour autant, que tu te digitalises sans fin. Les grandes marques se nourriront toujours de grand public, grandes audiences, grands networks, grandes campagnes seules fabricantes patentées de leur ADN.
Il est stupide de refuser le progrès, cette machine à accélérer le temps, mais plus stupide encore de le laisser seul décideur de notre vie, seul moteur de nos campagnes. 
Aussi mes chers Havasiens ne vous trompez pas de métier, vous n’êtes pas ingénieurs mais créateurs. Votre rôle n’est pas de jouer les Accenture du pauvre mais les accélérateurs d’imaginaire, ce qui n’exclut pas d’utiliser toutes les techniques nouvelles et à venir du numérique.

Les marques ont besoin de plus, elles ont besoin de vous. Votre défi quotidien est de les créer, les aimer, les protéger dans ce chaos médiatique qui les inquiète et les déstabilise. Vous êtes leurs architectes gardes du corps et leurs poètes gardes du cœur. Leur pouvoir est de créer le désir : que serait le monde sans envie : Une planète d’ennui. Leur devoir est d’avoir du cœur. Que serait le monde sans générosité ? Une planète de haine.
Ma douce Pub le temps du monde d’après commence. N’en déplaise aux pulsions du temps et aux proliférations technologiques, la pub sera toujours la pub. Elle changera de ton, mais pas de fond, de médiation mais pas d’imagination, de technicité mais pas de créativité. Les grisés du numérique, les émules d’En Attendant Robot, les volontaires pour la planète Tech, n’aboliront pas votre droit aux rêves, cette supériorité sur la machine quel que soit son futurisme. La machine nous a libéré de l’esclavage, gardez-vous qu’elle fasse de vous ses esclaves.
Ma tendre #Pub, en soixante ans je t’ai vu traverser les crises, les cabales, les coups bas et tout autant les envolées, les avancées, les nouveautés. Tu as toujours su trouver ton échappée belle et ton retour à meilleure fortune. Tu sortiras de ce nouveau défi, plus généreuse et plus partageuse, plus efficiente et plus savante, plus collaborative et plus créative. Tech sans Affect n’est ruine de l’âme des marques, mes chers filles et Fils de Pub, la course au seul progrès est une course à l’âne. Faites-en une course à l’âme.
Il ne dépend que de vous.

mardi 8 mai 2018

PUBLICITÉ & UTOPIE : ENTRETIEN CROISÉ AVEC JACQUES SÉGUÉLA, GABRIEL GAULTIER ET GEORGES MOHAMMED-CHÉRIF



Un demi-siècle après Mai 68, Stratégies a décidé de réunir trois observateurs privilégiés du monde de la communication et des marques. Jacques Séguéla, 84 ans, vice-président d’Havas, posait en 68 les fondations de RSCG. Dans son bureau, où les trophées s’amoncèlent, il a reçu deux autres créatifs stars : Gabriel Gaultier, président de Jésus et Gabriel, qui avait 10 ans en 68, et Georges Mohammed-Chérif, fondateur de Buzzman, qui n’était pas né lors des événements de mai. Sujet de cette discussion à bâtons rompus ? Les utopies, publicitaires ou pas.


[Cet article est issu du n°1948 de Stratégies, daté du 26 avril 2018] 



Que vous évoque le terme « utopie » ?

Jacques Séguéla. L’utopie fait partie intégrante de la publicité. À condition que ce soit une utopie réaliste. Car l’utopie désigne étymologiquement un lieu qui n’existe nulle part... Au mot « utopie », je préfère le mot « rêve ». L’utopie peut être purement scientifique, purement intellectuelle. Dès qu’il y a rêve, il commence à y avoir de la sensualité et de la latinité. L’utopie est plus « cerveau gauche » que « cerveau droit ».
Gabriel Gaultier. Ce que dit Jacques est assez juste, il y a toujours eu deux faces dans la publicité. Une publicité qui t’emmène dans un monde, ailleurs, et un autre versant qui fait réfléchir sur une réalité. D’un côté, on avait Bernbach qui était du côté du rêve et des histoires qu’on raconte, et de l'autre, Ogilvy qui était plus du côté du produit. En France, on a toujours opposé Jacques, avec une publicité spectacle qui fait rêver, et des gens comme Philippe Michel, avec un discours du type : « On va vous mettre le nez dans la réalité du marché en vous donnant à voir une pub intelligente qui vous élève ». Le côté cerveau gauche/cerveau droit, c’est un truisme mais ça reste une réalité de notre métier. Il ne faut pas les opposer, ce sont comme deux jambes qui marchent ensemble.
J.S. La publicité est à la vente ce que l’érotisme est à l’amour. C’est le passage du désir à l’acte d’achat, ou le passage du désir à l’acte d’amour. D’ailleurs, dans l’achat il y a une forme d’acte d’amour. C’est toute la différence entre la publicité latine et la publicité anglaise. La publicité anglaise part de la tête pour toucher le cœur. La publicité latine, la nôtre, part du cœur pour toucher la tête – avec un côté émotionnel, érotique. Puis il y a la publicité américaine, qui part de la tête pour toucher le portefeuille ! Celle-là, elle est « bullshit », elle perturbe la notion de désir. L’argent ne crée pas le désir. L’argent ne crée qu’une pulsion, qui est une pulsion assez malsaine.



Utopie et publicité, n’est-ce pas contradictoire ?

G.G. Je ne pense pas que le travail de la publicité soit de véhiculer des utopies parce qu’on est quand même des serviteurs du grand capital…
J.S. Ce que j’aime dans l’utopie, c’est la recherche d’une île. Thomas More, c’est ça ! La possibilité d’une île de Houellebecq, ça définit bien la publicité. Mais il ne faut pas s’imaginer qu’on est des artistes. On est des artistes de la vente ! Quand on parle de rêve, c’est le rêve pour vendre ! Une fois qu’on a évacué ces réalités, on cherche tous à faire vivre nos marques dans une île qui n’existe pas, une sorte de cocon conçu à l’image de la marque et de son âme. Notre métier d’architecte de ces bulles de marques, c’est de les protéger de l’extérieur, les protéger des attaques, les protéger de ces saloperies de Gafa et autres qui sont en train de tuer notre métier.



Quid du digital et des nouvelles technologies ? Permettent-elles vraiment de rendre les utopies possibles ?

Georges Mogammed-Chérif. La réalité virtuelle, la VR, c'est exactement ça. C'est une utopie devenue réalité. Le syst-me de la VR perturbe ton cerveau, t'emmène dans un endroit où finalement, il n'y a rien. Mais elle va te donner l'impresion que de la lave déferle sur toi, que tu es au bord d'un précipice. Sur l'utopie, des films comme Minority Report ou Le Cinquième Élément sont devenus une réalité. La reconnaissance faciale dans les téléphones, j'avais l'impression que, de mon vivant, ça n'existerait pas.

J.S. La plus belle utopie du moment, c’est la voiture sans chauffeur !
G.M-C. Il y a quelques accidents…
J.S. Oui… Ce n’est pas encore tout à fait au point. Mais la réalité rattrape l’utopie. C’est l’utopie qui fait marcher le progrès. Quand tu prends l’exemple d’Elon Musk, c’est complètement fou ! Certes, il est dingue, mais tout ça se terminera un jour sur Mars ! Et on retrouvera la bagnole de Musk qui nous attend là-haut !
G.G. C’est là où l'on repense à Mai 68… Parce qu’aujourd’hui, le problème qui se pose, c’est qu’une fracture se dessine. Entre les hommes augmentés, ceux qui auront les moyens de la télétransportation... Et ceux qui ne l’auront pas. Rares seront les gens qui auront les moyens d’avoir accès à l’utopie. 68, c’était quoi finalement ? Ce n’était pas un mouvement de libération de la société, c’était une mise à niveau d’une très large partie de la France par rapport à un rêve qui existait déjà : libération sexuelle, pouvoir d’achat, liberté culturelle... Or aujourd’hui il existe quand même une très grande part de la population qui n’a pas accès à cette utopie…



Jacques Séguéla, en 1968, vous étiez déjà publicitaire...

J.S. On a créé l’agence en 68. J’allais mettre des pavés sur la tête des flics, Bernard Roux, lui, allait défiler pour De Gaulle. On est allé voir nos patrons et on leur a dit : maintenant, on veut 20 % chacun. Ils nous ont répondu : votre chèque vous attend chez le comptable. On est descendus dans un bistrot, avenue de la Grande Armée, et avec Bernard, on s’est dit « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On fait Roux Séguéla ! [le futur RSCG] ». Je dois à 68 d’être là !


Avez-vous le sentiment d’avoir vécu une période rêvée de la pub ?

J.S. C’était une époque dorée parce que c’étaient les présidents d’agence qui décidaient de la pub. Tout était possible. J’ai osé vendre à un client un film où l'on mettait une voiture sur un porte-avions atomique. L’AX décollait et battait l’avion pour monter sur un sous-marin [Citroën en 1988]… Qui peut vendre ça aujourd’hui ? Pour moi la plus grande utopie publicitaire, c’était cette campagne. On a aussi fait rouler la première voiture sur la muraille de Chine [Citroën en 1986], les Chinois ont d’ailleurs dit : plus jamais on n’acceptera ça ! La publicité était dans un moment où elle pouvait être utopique. Tout était possible dans la pub parce qu’elle était encore magique. Cette période a duré jusqu’à la fin des années 1980.
G.G. Jusqu’en 1991, je dirais. Le début des années 1990, ça a quand même été le gros coup : guerre du Golfe, loi Évin (1991) et loi Sapin (1993) quand même !
G.M-C. En réalité, au-delà du mec qui accepte, il faut aussi un type assez fou pour proposer l’idée. Ton cerveau ne va pas là, en fait, parce qu’il se l’interdit.
G.G. Au-delà de la muraille de Chine, il y avait un slogan qui était « Révolutionnaire ! » - on rejoint complètement l’utopie – et là, on était quand même à la limite du foutage de gueule. On parle quand même d’une AX de base et on dit que c’est révolutionnaire…
J.S. Le jour où la publicité est arrivée à la télévision, c’était en 68. Pendant dix ans, les années 70, les Français ont découvert le spectacle de la pub et sont devenus fous de publicité alors que l’écran publicitaire, aujourd’hui, on le zappe ! À l’époque, la pub était un métier à la mode, tous les journaux avaient leur critique de publicité, comme il y a les critiques de cinéma. Dès qu’on sortait une campagne, je faisais une conférence de presse ! C’était un moment utopique de la publicité.
G.G. Toi, Jacques qui a travaillé avec Mitterrand, tu te rappelles quand même que dans la première mouture du programme commun, en 73-74, il y avait l’interdiction de la publicité à la télévision… C’était plus du tout le cas en 81.
J.S. Et c’est Mitterrand qui a aboli la publicité politique [en 1986] !
G.G. Juste avant de livrer la Cinq à Berlusconi (rires) ! Tu imagines quand même la gueule de l’utopie !


La communication politique représente-t-elle le moment où utopie et publicité se rejoignent le plus ?

G.G. La campagne où l’utopie était vraiment assumée en tant que telle, c’était la campagne de Jacques pour Mitterrand. « La Force Tranquille », c’est une façon de projeter les gens en leur disant : cette fois-ci on ne vous vend plus du rêve, on vous vend un rêve qui va se transformer en réalité.
G.M-C. Ces dernières années, beaucoup d’hommes politiques m’ont demandé de faire leur campagne en se référant à Séguéla, qui s’est fait connaître de tous avec Mitterrand, en me disant « Tu dois faire une campagne pour un grand homme présidentiel, pour devenir LA star ». Je leur ai répondu : « Mais c’est fini, ça a déjà été fait par Séguéla ».
J.S. Actuellement, en politique, En Marche, je trouve que c’est une sacrément belle idée !
G.G. Je suis moins enthousiaste que toi…
J.S. En Marche fait partie intégrante de la réussite d’Emmanuel Macron. Il est venu me voir pour me demander de lui trouver un slogan. Il ne voulait pas utiliser « En Marche ». Je lui ai répondu : « Mais tu es malade. Tu vas casser En Marche pour un simple slogan. Ne fais surtout pas ça ! »


Quels sont les nouveaux territoires utopiques pour les publicitaires ?

G.G. Je crois que le terrain de l’utopie, il n’est plus dans la publicité, il est davantage dans les nouvelles technologies, dans la réalité, avec tous les dangers que ça représente. En 68, t’avais les Shadoks juste avant l’écran publicitaire et tu te marrais vraiment devant la pub. Aujourd’hui, quand tu regardes la télé, tu te fais chier. D’ailleurs, tu ne la regardes plus. Là où ça se passe, c’est à côté, c’est ailleurs.
J.S. Le digital et le numérique, pour l’instant c’est un peu tout et n’importe quoi, c’est gâché par le brouhaha des réseaux sociaux, mais c’est une nouvelle arme d’utopisme. Finalement, on est allé au bout de ce qu’on pouvait faire avec des spots. Avec le numérique, tu peux tout réinventer. Mais ça peut aussi tuer la publicité. C’est une arme à double tranchant.
G.M-C. Moi, ce qui m’a donné envie de faire de la pub, c’est que je viens d’une famille de conteurs. J’ai eu envie de faire ce métier pour ça. L’année dernière, aux D&AD, club des DA anglais, on a eu la chance de décrocher notre premier Yellow Pencil pour Nosulus Rift. Ce qui m’a choqué : sur 30 remises de prix, la seule campagne où les gens se sont fendu la gueule, c’est la nôtre. En fait, la pub est devenue chiante. On demande aux jeunes créatifs des idées qui vont révolutionner le monde et, à côté de ça, ils sont devenus des économistes. On leur demande de faire du ROI [retour sur investissement]. Aujourd’hui, tout est trackable, tu peux tout monitorer, mais tu ne donnes plus la chance à des campagnes de se construire sur l’intuition. Comme le dit Jacques, « moins de tests, plus de testicules »...
J.S. C’est toujours vrai. Le vieil adage dit : « Faites rire une femme, elle est dans votre lit ». Eh bien, « Faites rire un consommateur, il est dans votre poche »… L’humour a disparu. Or, la publicité doit être le contrepoint de la presse. La presse est marchande de malheurs, de drames, de guerres… La publicité doit être marchande de bonheur. Elle doit créer en permanence une sorte de joie de vivre, d’acheter, de consommer.


L’aspect divertissant de la pub n’est-il pas contradictoire avec la nouvelle démarche des marques qui prétendent sauver le monde ?

G.M-C. Les publicitaires et les marques veulent se racheter une conscience. Cela donne des dispositifs très ronflants pleins de bons sentiments, même si parfois c’est bien…

J.S. Aujourd’hui, Cannes donne ses Lions avant tout à des campagnes humanitaires, c’est insupportable.
G.G. Oublions Cannes un instant. La promesse d’un monde juste, c’est cela aujourd’hui l’utopie. Ce n’est plus un monde rêvé, c’est juste un monde normal. Je trouve ça dégueulasse, par exemple, ce que fait Innocent avec ses petits bonnets [opération menée avec Les petits frères des pauvres] ou Lacoste avec sa série limitée sur les animaux menacés [opération menée avec l’Union internationale pour la conservation de la nature]. Aller chercher les consommateurs avec les bons sentiments pour leur fourguer des produits, c’est la pire des malhonnêtetés. Aujourd’hui, je rêve d’une marque qui dirait que des produits simples, ça fait déjà suffisamment l’affaire. Je me demande si le prochain pas de l’utopie, ce n’est pas l’honnêteté intégrale. C’est pour cela que j’adore la promesse de la Logan : vous n’avez pas forcément les moyens, mais on vous fait quand même une bonne bagnole.
G.M-C. Le paroxysme du cynisme, c’était il y a deux ans : des publicitaires allaient dans des favelas au Brésil pour préparer des campagnes humanitaires - et surtout tourner des « case studies » pour Cannes. Les campagnes grandes causes, ça devient une sorte d’ONU de la pub. Cannes, c’est terrible pour ça : dans la catégorie « gold », il n’y a quasiment que des opérations de charity. Quand je suis en compétition avec Milka, on ne bastonne pas dans la même catégorie. Les enjeux ne sont pas les mêmes.
J.S. Il ne faut pas se dédouaner d’être des marchands. Pour autant, il faut aussi éveiller les consciences, surtout quand ce n’est pas une cause bidon. Les marques sont tellement attaquées depuis que le consommateur en est devenu - à raison - le copropriétaire, qu’il ne faut pas chasser les initiatives fortes. Le problème aussi, c’est que les créatifs, pour avoir des Lions, ne travaillent plus que sur des sujets humanitaires.
G.M-C. Lacoste, selon moi, ça fait partie des cinq campagnes qui vont rafler plein de prix à Cannes.
G.G. Si tu veux protéger la nature, tu sors ton chéquier et tu la fermes !



On parle beaucoup de l’engagement sociétal des marques, une étude menée par Havas Paris, l’« Observatoire des marques dans la cité » (lire p.14) évoque l’entrée des marques en politique…

J.S. Les marques, surtout les plus importantes, ont la grosse tête, mais je ne crois pas qu’elles s’imaginent remplacer un jour les politiques. Elles ont un discours sociétal ouvert, plutôt qu’engagé ou sectaire, comme les politiques. Les marques veulent avant tout qu’on les aime.
G.G. Les banques et les industries ont plus de pouvoir que les politiques aujourd’hui, il ne faut pas se leurrer.
J.S. Ce sont les Gafa, plus que les marques, qui détiennent le pouvoir à l’heure actuelle. La fortune de quatre hommes pèse autant que le PIB de la France. Si rien n’est fait, ce seront eux les nouveaux maîtres du monde.
G.G. Il faut faire attention avec le terme marques, c’est devenu une sorte de « graalisation » des industries. Lacoste, avant d’être une marque, ce sont des industriels.
J.S. Il ne faut pas que la pub perde toute velléité de créer un monde plus juste. Mais la réelle utopie de la pub, c’est de rendre les marques immortelles. Une marque comme Coca-Cola, qui a 140 ans, est immortelle. Dans 140 ans, elle sera toujours là.
G.M-C. La durée de vie des marques s’est considérablement réduite avec le digital. Très peu de marques sont immortelles. Les marques se font et se défont à une vitesse jamais égalée...
J.S. Certes, 80% des marques vont mourir, mais certaines grandes marques survivront, surtout si elles ne ratent pas le virage du digital. Le seul génie dans la publicité, c’est de durer. Notre métier, c’est d’être faiseurs d’immortalité. Ma seule fierté, c’est de travailler pour des marques depuis des décennies comme Vuitton, Air France, Lacoste, Carte Noire…
G.G. Mitterrand, par contre… (rires)

G.M-C. Aujourd’hui, tout se joue plus au coup par coup avec des visions très court-termistes car aujourd’hui, c’est la guerre entre les marques en termes de visibilité. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que l’utopie sera toujours créée par les enfants qui sommeillent en nous, créatifs. C’est quelque chose qui nous lie, nous trois, créatifs de générations différentes réunis autour autour de cette table. La phrase de Cervantès, « Garde toujours dans ta main la main de l’enfant que tu as été », est hypervraie. Même si c’est dur, eh bien on s’en fout et on y va. Au final, c’est souvent parce que l’annonceur en face de toi est un peu dingue aussi que tu peux réaliser des choses dingues, t’acheter une petite part d’immortalité avec quelque chose qui restera dans les mémoires. Tout seul, tu n’y arrives pas. En réalité, il faut avoir des enfants en face de toi. Les histoires que tu racontes au client, ce sont des histoires que tu racontes aux enfants.

(Yannick Bolloré, président directeur général d'Havas, nouveau président du conseil de surveillance de Vivendi, passe dans le couloir. Jacques Séguéla lui fait signe d’entrer.)

J.S. Je te présente les deux plus grands créatifs du monde, ils sont là !
Yannick Bolloré : Pas besoin de me les présenter ! Qu’est-ce que vous faites tous ensemble ?
J.S. Mon utopie, c’est qu’on se mette tous ensemble avec Georges et Gabriel et qu’on crée la plus grande agence du monde. Voilà mon utopie à moi !


lundi 23 avril 2018

Campagne Citroën par HUMANSEVEN

Laissez vos idées prendre vie avec #Citroën 🚙💡
[Post-Prod | Prod Son | Musique Originale | HRCLS Rec

samedi 23 décembre 2017

Un message de Jacques Séguéla : Un geste solidaire pour les fêtes de fin d’année








Chers amis,

C'est avec honneur que nous vous proposons de clôturer cette fin d'année en beauté par un geste solidaire. Un geste solidaire pour aider à lutter contre l'insuffisance cardiaque, lutte orchestrée par le Professeur Philippe Menasché, chirurgien cardiaque à l'Hôpital Européen Georges Pompidou, qui a fait de ce combat son quotidien.

Ce chirurgien de cœur est à l'origine d'une découverte importante : l'utilisation de cellules souches et des substances qu'elles sécrètent pour soigner cette maladie fréquente et grave, souvent plus fatale que le cancer.
Ce véritable médicament biologique d'avant-garde active les voies de réparation dans le cœur lui-même et permet d'améliorer sa contraction. 

Nous faisons donc appel à vous aujourd'hui, pour soutenir ce projet. Vos dons permettront au Professeur Menasché de créer un produit à partir de ce ‘jus de cellules’, traitement moins couteux que le recours aux greffes de cellules. Ainsi un grand nombre de patients auront accès à ce traitement efficace, à ce soin vital.

Nous comptons sur vous et votre générosité, et nous vous souhaitons de très bonnes fêtes.

Bien à vous,
HAVAS Group









PS : Vos dons avec Thellie.org
Thellie est une plateforme non-profit de crowdfunding qui rassemble des communautés de chercheurs, des citoyens, des associations, des entreprises pour accélérer le progrès médical. Nous appuyer sur Thellie c'est avoir la garantie d'une transparence sur la gestion financière et la traçabilité des dons, c'est faire le choix d'une efficacité redoutable puisque 100% des dons sont renversés aux projets de recherche et déductibles des impôts. 









samedi 25 novembre 2017

Jacques Séguéla, l'amant de la pub - Infopresse



À l'occasion de Plateforme(s) - Le sommet québécois des médias, un des pères fondateurs de la publicité en France, Jacques Séguéla, a expliqué que l'avenir des médias sera guidé par la passion des grandes idées plutôt que par les données. 


D'entrée de jeu, le vice-président de Havas, fait remarquer que sa première campagne date d'il y a plus de 60 ans. Il a d'abord été docteur en pharmacie avant d'entreprendre une courte carrière en journalisme. 

Lorsqu'il a voulu ouvrir son propre journal, à 30 ans, on lui a dit que la presse allait mourir et qu'il devait plutôt se diriger vers un métier d'avenir comme la publicité. «C'est là que je suis devenu amoureux fou, se souvient-il. Amoureux à en hurler de bonheur tous les matins. Avec l'intention de ne pas prendre ma retraite avant mes 100 ans.»

Pour l'homme qui a vécu un véritable coup de foudre en découvrant la publicité, la réputation du milieu était loin d'être aussi favorable à cette époque. «Ma mère refusait de me présenter comme un publicitaire. La publicité était mal vue, c'est pour cette raison que je l'aimais tant.»


La tête, le cœur et l'argent 

Selon Jacques Séguéla, il existe trois façons de faire de la publicité. Celle qui vient du cœur pour aller vers la tête, l'autre qui part de la tête pour se rendre au cœur et, finalement, la publicité «américaine», qui transige de la tête au portefeuille. 

Le géant de la publicité croît plus que tout que les publicitaires ont un combat commun à mener, celui de «relever la créativité dans la francophonie».

Il souhaite d'ailleurs un retour nuancé aux grandes années de la publicité. «La publicité des années 80, où tout était possible, où rien n’arrêtait les publicitaires… c’est ça qu’il faut retrouver.»

Le printemps et l'acte de désir

Comment définir la publicité? Même après avoir consacré une grande partie de sa vie à cette discipline, Jacques Séguéla dit n'avoir qu'une réponse: «Que devient la neige quand elle fond? Certains répondront de l'eau. C'est la réponse banale. Quand la neige fond, elle devient le printemps. C'est ça, la publicité, créer le printemps.»

Alors que de plus en plus d'entreprises pensent en matière de données, Jacques Séguéla aime plutôt croire au pouvoir des grandes idées. «Notre devoir, c’est de faire avec de vulgaires produits un acte de désir irrépressible. Si votre idée n'est pas une boule de neige, qu'elle ne donne pas envie à quelqu'un de la partager, elle est foutue.» 

D'ailleurs, si pour Jacques Séguéla la donnée est devenue une drogue pour les publicitaires, il tient à préciser que les idées sont «la seule manière de lutter contre l'intelligence artificielle et la donnée, c'est devenir des agents de changement».

Au final, l'homme qui a exercé son métier avec passion durant toutes ces années, croit non seulement au pouvoir des idées, mais à l'émotion qu'elles génèrent. «Il faut passer de la persuasion à la participation, de la présence à la cohérence, de la création à l’invention, de l’ordinateur à l’ordinacœur. Parce que le plus important, dans tout ce qu'on fait, c'est d'aimer.»

Photo: Sandra Larochelle

lundi 24 avril 2017

Jacques Séguéla : "Il y avait du Pepsi dans Mitterrand" - GRAZIA

Cette campagne 2017 a vu l'émergence d'e-shops personnalisés avec des goodies politiques de plus en plus élaborés. Grazia a interrogé Jacques Séguéla, créateur de "La Force tranquille" et "Génération Mitterrand" sur cette émergence et la pertinence des slogans.


Quelle est votre plus belle affiche ?

Celle que j'ai réalisée lors des élections municipales de mars 1977 pour François Mitterrand avec le slogan : "le socialisme, une idée qui fait son chemin". Sa photo sur la plage était très belle. C'est la première, la plus romantique et elle était prémonitoire. Parmi toutes celles que j'ai pu faire, "Génération Mitterrand" (confectionnée pour l'élection présidentielle de 1988, ndlr) est la plus professionnelle. Cette expression de Génération existait déjà, Pepsi l'avait inventée. J'ai trouvé ce slogan "Pepsi Generation" formidable. Il y avait du Pepsi dans Mitterrand. En 1988, il avait 72 ans, c'était un très vieux Monsieur, il avait un cancer depuis déjà six ans et je voulais que ça claque. Les gens n'ont pas compris ça, ils pensent que j'ai inventé le mot génération. Je l'ai récupéré mais à bon escient et il avait adoré ça. L'enfant c'était ma fille, la main était la mienne. Je disais aux journalistes "cette main c'est celle de Rocard mais c'est peut-être celle de Mitterrand" (en 1988, François Mitterrand élu président de la république, nomme Michel Rocard Premier Ministre, ndlr) et le buzz est parti.
Qu'est-ce qui fait un bon slogan ?

Un slogan c'est ce qui reste quand on a tout oublié donc on le juge à la fin. Si Mitterrand avait perdu l'élection présidentielle de 1981, "La force tranquille" aurait été le pire de tous les temps. Pendant les six mois de la campagne présidentielle, ce n'était pas du tout le slogan préféré des français. Ils aimaient celui de Giscard: Il faut un président à la France . Quand j'ai vu ça-je regrette encore ce que j'ai fait, c'est une horreur - j'ai demandé à des troupes de socialistes de coller deux diamants à la place des yeux et d'ajouter, après ce slogan : "Il faut un président à la France : Votez François Mitterrand". Quand le candidat du Parti Socialiste a su ça, j'ai été convoqué le lendemain matin. Il m'a dit : "Séguéla, c'est scandaleux. On ne traite pas un président comme cela. Vous allez ce soir même avouer à la télévision que vous avez fait ça contre mon gré". Quand vous êtes en campagne, il ne faut pas perdre de temps à parler de son adversaire, mais le consacrer à parler de sa politique et à répondre aux problèmes des Français. Aucun homme politique n'arrive à comprendre ça. Emmanuel Macron continue encore à lancer des pics, même s'il se corrige un peu. C'est fou de penser que François Fillon a passé 80% de son temps à parler de ses affaires et 20 % à parler de sa politique.

Le choc ou l'étonnement participe-t-il à la qualité d'un slogan ?

Un slogan fonctionne quand il est étonnant. Deux poètes ont donné la définition de la pub : le premier c'est Cocteau. Cocteau rencontre un jour Diaghilev et lui demande : "quel est la définition de ton art ?" et Diaghilev lui répond : "étonne-moi !". Et Cocteau lui rétorque : "non ça c'est la définition de mon art à moi". Le deuxième poète, c'est moi. Je n'ai jamais trouvé la définition exacte d'un slogan ou de la publicité, mais j'ai trouvé la question. Demandez à un annonceur : "que deviens la neige quand elle fond ?", il répond : "de l'eau". Pas pour moi. Pour moi, elle devient le printemps. C'est ça un slogan. En plus d'être différent, il doit être poétique, populaire, correspondre au moment.
Que pensez-vous de la deuxième affiche de campagne de Valéry Giscard D'Estaing en 1974, placardée pour le premier tour de l'élection présidentielle, sur laquelle on pouvait lire : "Un vrai président" ?

Un tel slogan serait inimaginable aujourd'hui. C'est terrible parce que ça sous- entend qu'il peut y avoir un faux président. Ce n'était pas le meilleur slogan de Giscard qui n'a jamais été très inspiré. Mais il faut rendre à César ce qui est à César : de toutes les affiches de droite, la plus belle est sans doute la première affiche de cette même campagne où Valéry Giscard D'Estaing apparaît avec sa fille cadette, assis sur un mur de pierre du jardin des Tuileries, sous le slogan : "La paix et la sécurité".
Ses sympathisants avaient, eux, lancé des t-shirts avec la célèbre mention : "Giscard à la barre". Un t-shirt qui avait dû être réimprimé à 50 000 exemplaires...

Giscard à la barre sous-entend qu'il est le capitaine Nemo du bateau et qu'avec lui, ce ne sera pas le Titanic. Valéry Giscard D'Estaing a quand même été le premier à faire une campagne moderne à l'américaine. François Mitterrand et moi, nous sommes passés à côté de ça, nous n'avions pas créé de t-shirts en 1974. Nous n'avions pas un sou. Lui avait dix fois plus d'argent que nous.


L'absence de slogan voulu par le mouvement En Marche ! est-elle bénéfique ?

Au départ, Emmanuel Macron m'a demandé mon avis sur ce slogan qu'il voulait proposer : "Osons Macron". Je lui ai demandé s'il n'était pas fou. C'était trop. C'était un slogan. Lui, il veut casser les règles. Donc il ne fallait pas en mettre. En marche ! est ingénieux. Parce qu'à l'instant même où il lance : "En marche !", des gens se mettent à le suivre.

Quel œil portez-vous sur le changement de slogan de François Fillon ?

Il était obligé d'en changer. "Le courage de la vérité" était devenu trop risible. Là où il a eu tort, c'est de dire qu'il allait procéder à ce changement ("Une volonté pour la France", ndlr). Il aurait dû supprimer l'ancien de ses pupitres, et simplement mettre un titre à son affiche, en douce.

Les boutiques en ligne sont-elles importantes pour un candidat ?

Bien sûr. Barack Obama l'a prouvé, la mobilisation vis-à-vis des marcheurs de campagne est formidable parce que c'est elle qui crée l'élan, elle qui bouge, qui remplit les meetings, elle qui applaudit. Proposer des goodies politiques permet de mesurer à quel point les gens croient en vous, vont voter pour vous et osent s'afficher, parce que finalement ils ne sont rien d'autre que la réincarnation des hommes sandwichs.

Avez-vous un goodies que vous conservez précieusement ?

Oui. Une casquette portant la mention "I like Ike", que j'avais achetée aux Etats-Unis pendant la campagne d'Eisenhower en 1952 (Ike était le surnom de celui qui deviendra le 34e président américain, ndlr). Ce slogan relève du génie et, d'ailleurs, c'est lui qui a lancé la casquette dans les meetings.

Pourquoi les marques ne s'engagent plus ?

Avant, les marques faisaient n'importe quoi, elles ne se souciaient pas tellement de leur image, les réseaux sociaux n'existaient pas. Aujourd'hui, c'est absolument impossible de s'engager car ces réseaux vont se mobiliser pour elle ou contre elle et les deux sont négatifs. Une marque ne doit pas prendre parti. S'engager pour un candidat peut, à notre époque, aussi être une faute pour les stars. En 1981, Gérard Depardieu et Renaud ont fait campagne aux côtés de Mitterrand, mais c'était tout neuf, il n'y avait pas de mauvaises intentions, les politiques étaient incroyablement respectés, c'était des dieux vivants. Aujourd'hui, ils sont devenus des détritus.

Y a t-il une anecdote ou un symbole qui vous a marqué dans votre relation aux hommes politiques ?

En 1981, quand Mitterrand m'a dit qu'il me choisissait comme publicitaire, je lui ai répondu : "monsieur le Président, il faut tout de même que je demande à mon plus gros client, les frères Citroën, c'est-à-dire la famille Peugeot, très à droite, de me l'autoriser". J'en parle alors au patron de Citroën qui hésite un peu, puis me répond : "Après tout c'est un honneur que me fait François Mitterrand, c'est chez nous qu'il vient chercher son publicitaire, ça signifie donc qu'on a le meilleur. Mais il roule en Renault et ça ce n'est pas possible. Donc vous ne faîtes la campagne que s'il accepte une Citröen". Mitterrand me rétorque à son tour : "il n'est pas question que je mette mes fesses dans une Citroën parce qu'elle est beaucoup trop molle". Je lui ai promis que j'allais lui faire fabriquer une Citroën qui allait s'adapter à ses mensurations pour une meilleure élasticité. L'un de mes clients étant fabricant de matelas, je lui ai donc demandé de me construire sur mesure un siège arrière de Citroën. J'ai donc rendu la CX présidentielle de l'époque "socialiste de l'extérieur", c'est-à-dire toute grise. C'était un obus où l'on ne voyait rien, et à l'intérieur c'était une voiture de droite : une petite Rolls en bois de rose. Et Mitterrand a donc accepté de faire la campagne à bord d'une Citroën. Le jour de son élection, j'avais promis à Paris Match la première photo qui serait celle prise au moment où il rentrerait dans sa voiture. Nous sommes donc à Château-Chinon ce soir de mai 1981, il est 22 heures, Mitterrand monte dans sa voiture, les photographes mitraillent. A ce moment-là, un orage se déclenche et l'essuie-glace ne fonctionne pas. Lui était très pressé. Il ressort donc, prend sa voiture de secours qui était la Renault. Paris Match a écrit, en substance : "première panne Citroën, heureusement il y a Renault".