mardi 27 octobre 2020

Jacques Séguéla : "Il faut absolument que chaque terrien se dise que la terre est sa mère nourricière" - Sud Radio

Jacques Séguéla, auteur de "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo elles me croient publicitaire" (Coup de cœur édition), était l’invité de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le lundi 26 octobre dans "Le 10h - midi".






Le célèbre publicitaire se lance dans l'écologie. Et qu'importe si le sujet est de moins en moins vendeur, "ce n'est pas une galère", assure-t-il en appelant chaque terrien à s'emparer de cette préoccupation.

Faire plier les États


"On ne peut pas laisser l'écologie aux seules mains des écologistes", argue Jacques Séguéla qui précise les "applaudir même s'ils sont extrémistes" pour leurs actions et leur capacité "à faire plier les États". Dernier exemple en date, la Chine a annoncé la semaine dernière qu'elle aurait la neutralité carbone d'ici 2060, "alors qu'aujourd'hui c'est le pays le plus pollueur du monde".

Même son de cloche en Europe, où le Premier ministre britannique a annoncé "que dans dix ans, ils seraient 100% écologie grâce à l'énergie éolienne". "Tout ça c'est grâce aux écologistes", se félicite Jacques Séguéla, même s'il alerte sur le fait que "ça ne suffira pas". "Il faut absolument que chaque terrien se dise que la terre est sa mère nourricière", en appelle le publicitaire qui souhaite voir les gens "se donner la main".

Des petits gestes en complément des grandes décisions


Car, selon lui, "les grands gestes d'États" ne suffisent pas et doivent s'additionner "à nos petits gestes à nous, ces gestes barrières écologiques". Parmi ces gestes : "accepter de manger un peu moins de viande, sans pour autant la supprimer", invite-t-il, prenant exemple sur la consommation d'eau "qui pourrait manquer d'ici dix ans en Angleterre". "80% de l'eau est utilisée pour les vaches qui nourrissent les hommes, il faut réduire un peu la vapeur", souligne-t-il.

Le déclic écologique est venu chez Jacques Séguéla après un déjeuner avec l'un de ses clients à Londres. "Il me raconte qu'à Istanbul, 80% des ménagères rincent leur vaisselle avant de la mettre dans la machine à laver", rapporte-t-il. Un procédé inutile comme le démontrent certaines études. Alors le publicitaire se rend immédiatement à Istanbul, ville qui pourrait "manquer d'eau d'ici dix ans". Il réalise un reportage qui sera diffusé dans toutes les écoles de la ville. "Six mois après, il n'y avait plus que 20% des ménagères à persister dans ce procédé", se félicite-t-il.


lundi 26 octobre 2020

Jacques Séguéla : "Les écolos devraient exiger que la pub se mette au service de l’écologie" - Wedemain

 

Le communicant Jacques Séguéla signe un plaidoyer pour l'écologie, baptisé "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !". Dans ce panorama de notre époque, il invite les chefs d'État à réagir et les écologistes à utiliser la publicité, plutôt qu'à l'interdire. Entretien.


Le communicant Jacques Séguéla signe un plaidoyer pour l'écologie, baptisé "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !". Dans ce panorama de notre époque, il invite les chefs d'État à réagir et les écologistes à utiliser la publicité, plutôt qu'à l'interdire. Entretien.


Jacques Séguéla, auteur de "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !" (Crédit : Dhimbert / Wikimedia)
Jacques Séguéla, auteur de "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !" (Crédit : Dhimbert / Wikimedia)
 

We Demain : Vous publiez Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !, clin d’œil à votre ancien best seller… Jacques Séguéla écologiste, ça peut surprendre : vous avez fait toute votre carrière dans la publicité, donc pour la consommation. Vous vous qualifiez vous-même de "fils de pub". D’où vient cette conversion à l’écologie ?    

Jacques Séguéla : Détrompez-vous, elle vient de loin ! J’ai été un écolo avant l’heure quand, il y a 60 ans, je suis parti faire le tour du monde avec une 2CV qui ne dépassait pas les 50 km/h et ne consommait presque rien ! J’ai vécu deux années d’écologie pure : nous dormions à la belle étoile car nous n’avions pas les moyens de nous payer l’hôtel, nous mangions les pommes de terre et les fruits que nous ramassions dans les champs… Nous vivions avec l’équivalent d’un euro par jour, nous pouvions réparer notre voiture nous-mêmes… Découvrir ainsi l’Afrique, l’Amérique du Nord, du Sud, et l’Asie a été une expérience incroyable pour quelqu’un qui n’avait jamais quitté Perpignan !

Quel choc quand je retourne aujourd’hui dans ces pays qui étaient des merveilles et qui ont été ravagés, détruits, pillés par l’Homme ! Quel monde vais-je laisser à mes petits enfants ?


Oui mais vous avez ensuite consacré toute votre vie à la publicité, n'est-ce pas le contraire de l’écologie ? 
La pub est le miroir de l’âme des peuples et l’éponge du temps. Ce n’est pas elle qui décide ce qu’elle va faire, ce sont les consommateurs. Dans les années 1970/80, ils se sont totalement libérés. La publicité a suivi, en essayant de courir plus vite, quitte à en faire un peu trop pour tirer le consommateur vers ses pulsions inconscientes et créer les modes, les tendances, les styles de vie qui changent tous les dix ans. Je m’y suis précipité avec tous les excès. Mais j’ai aussi été le premier à faire une affiche avec le slogan "Trop de pub tue la pub", parce que ça devenait insupportable. J’ai eu toute la profession contre moi.

Et puis, il y a une dizaine d’années, la pub a compris l’écologie. J’ai commencé à faire des campagnes écologiques, et aujourd’hui il n’y a plus un grand annonceur dans le monde qui ne mène pas un combat pour l’environnement. 15 % des investissements publicitaires y sont consacrés, non pas par bonne conscience mais parce que c’est une demande des consommateurs, partisans d’une écologie douce et non punitive. Les ultras de l’écologie sont nécessaires pour peser sur les États et leur imposer la transition écologique. Mais ça ne marchera que si par ailleurs les citoyens se convertissent à la "soft ecology".

Cette écologie douce est-elle suffisante face aux menaces qui pèsent sur la planète et que vous détaillez dans votre livre : dérèglements climatiques, pénurie d’eau, démographie galopante, atteintes à la biodiversité… 
Nous devons agir à ces deux niveaux. Ce sont les États qui prennent les grandes décisions. La COP 21 de Paris a permis à de nombreux États de s’engager et de se mettre dans les clous. Le président Xi Jinping vient d’annoncer que la Chine atteindra la neutralité carbone en 2060, alors qu’elle est aujourd’hui le pays le plus pollueur du monde. Et elle tiendra parole !

Mais ces décisions d’États ne suffiront pas. Il faut aussi des gestes barrières des terriens : des petits gestes comme remplacer la bouteille d’eau en plastique par la gourde, revoir son alimentation, baisser son chauffage d’un degré, aller en vélo à son travail qui dans 80 % des cas se situe à moins de 5 km du domicile. Je m’y astreins : j’ai réduit de moitié ma consommation de viande et de poisson et remplacé ma grosse voiture par un vélo et une petite smart avant de passer au véhicule électrique. Et François Mitterrand m’a appris à planter des arbres ! 

Vous restez opposé à l’interdiction de la publicité pour les produits nuisibles à l’environnement. Et vous dites même que les marques sont en première ligne dans la refondation d’un monde plus écologique… 
Si un produit est réellement nuisible, c’est à la loi de l’interdire, pas au publicitaire qui cherche à vendre le meilleur produit au prix le plus accessible. Les grandes marques investissent des centaines de millions pour l’écologie. Un grand patron de produits ménagers m’a un jour convoqué à Londres pour m’expliquer que son agence d’Istanbul s’était aperçue que 80 % des ménagères turques rinçaient leur vaisselle avant de la mettre dans leur machine à laver, alors que les études prouvent que ça n’a aucun effet. Le lendemain, j’étais à Istanbul pour lancer une campagne se référant à une enquête du National Geographic indiquant que dans 10 ans la capitale turque manquerait d’eau. Le film que nous avons réalisé a eu un grand succès. Le président Erdogan a décidé de le diffuser dans toutes les écoles pour que les enfants sensibilisent leurs parents. Huit mois après, il ne restait plus que 20 % des ménagères qui continuaient à rincer leur vaisselle… C’est la preuve que les marques peuvent agir pour l’environnement.

Vous évoquez le "monde d’après" en faisant preuve d’un optimisme forcené. Vous, le publicitaire, évoquez, ce qui surprend, "la fin des dictature des hypermarchés et de l’hyperconsommation", et même la fin du capitalisme… 
Les meilleurs économistes disent que le capitalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui, et qui rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres, va mourir dans les 30 ou 40 années qui viennent. Mais il renaitra, je l’espère sous la forme d’un éco-capitalisme de partage et de redistribution. Sinon ça se terminera en révolution !

La fin de la dictature des hypermarchés est, elle, déjà commencé. Auchan ou Carrefour restructurent leurs hypers en remplaçant la moitié des espaces de vente en zone de loisirs ou ou de spectacle. Les produits qui resteront arriveront directement des fermes avoisinantes et non plus de l’autre bout du monde. Les consommateurs seront orientés vers des modes d’alimentation plus sains : il n’est plus possible d’avoir 10 % d’obèses en France, et 30 % en Amérique. 

Nous sommes entrés dans l’ère du "consommer moins mais mieux" : c’est mon combat depuis 40 ans ! Les écologistes, plutôt que de refuser toute publicité, devraient exiger qu’elle se mette au service de l’écologie. C’est peut-être le meilleur atout de l’écologie pour rendre le monde meilleur…

https://www.wedemain.fr/Jacques-Seguela-Les-ecolos-devraient-exiger-que-la-pub-se-mette-au-service-de-l-ecologie_a4923.html

jeudi 15 octobre 2020

Si t'as pas écrit un livre sur l'écologie avant 50 ans...

Jacques Séguéla s'est converti à l'écologie : c'est bien. Oui mais il en a fait un livre...



ne dites pas à ma femme que j'ai lu le dernier livre de Jacques Séguéla, elle croit que j'ai un vrai travail• Crédits : Pierre Perrin - Getty



Bien que n’étant pas d’un naturel rancunier, je garde une dent contre un de mes anciens camarades d’université, avec qui je m’étais retrouvé en binôme pour faire un exposé sur Pierre Bourdieu. J’avais bossé, lui très peu, tout juste le temps d’absorber le fruit de mon travail. A l’oral, c’est pourtant lui qui avait récolté les félicitations de l’enseignant.

Depuis, j’éprouve une vraie compassion pour tous ces universitaires, cette armée laborieuse d’intellectuels, qui passent des années à creuser un sujet, à rédiger une thèse, et qui voient surgir de nulle part de purs opportunistes qui leur volent la vedette.

Je me mets par exemple à la place des épidémiologistes dans leurs unités de recherche, confrontés, depuis le début de la pandémie, à l’omniprésence médiatique d’un Michel Cymes. Ou alors à celle des penseurs de la condition animale, relégués à l’arrière-plan et aux notes de bas de page par ces grands vulgarisateurs télégéniques que sont Aymeric Caron ou Franz-Olivier Giesbert. Nul n’est prophète dans son pays…ni dans son domaine de recherche.

A vrai dire, l’an dernier, en débutant cette chronique, j’avais plutôt le sentiment d’être du mauvais côté du manche, celui des imposteurs, ou des bouffons pour reprendre l’expression de Christian Salmon. ‘’Mais qui c’est ce gugusse qui vient nous parler d’écologie tous les matins ?’’ : voilà à peu près ce que devaient se dire (et ce que se disent peut-être encore) les vrais spécialistes du sujet.

J’en étais là de mes complexes jusqu’à ce qu’un livre vienne me délivrer du dernier mes scrupules : celui de Jacques Séguéla, ‘’Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !’’, tout juste publié aux éditions Coups de cœur.

L’homme le plus bronzé qu’il m’ait été donné de voir depuis que je suis né venait donc à son tour de prendre le train de l’écologie en marche ! Ce qui à vrai dire n’a rien d’étonnant. Il n’y a pas mieux qu’un publicitaire pour recycler les idées à la mode (quitte à se renier lui-même), et il suffit de faire un bref séjour devant un écran de télé pour mesurer à quel point c’est déjà le cas : le culte de la performance et l’accessibilité du prix y ont été remplacés, dans les slogans, par le made in France, le terroir, le recyclable, l’écoresponsable, le bio, le 100% naturel, le bon pour la planète…bref toute la panoplie du greenwashing.

Mais c’est pour la bonne cause, nous dit Jacques Séguéla, à qui on ne pourra pas reprocher son ingratitude : la pub l’a nourri, il lui renvoie l’ascenseur : ‘’les marques seront en première ligne pour (la) refondation du monde…Quel bonheur : un quart des investissements marketing en France sont destinés à rendre le monde meilleur’’, ‘’le pouvoir des marques entre en guerre contre la détérioration de la planète’’.

L’avantage avec les publicitaires, c’est qu’ils ont le sens de la formule et de la typographie : les saillies de Jacques Séguéla sont écrites en caractère gras, ce qui encourage le saut de paragraphe. En voici quelques-unes : ‘’charité écologique bien ordonnée commence par soi-même’’, ‘’la mer est une terre d’espoir’’, ‘’eau secours’’, ‘’S.Eau.S’’, ‘’il n’est jamais trop tôt pour savoir qu’il n’est pas trop tard’’! C’est quand même autre chose que du Bruno Latour.

Vous allez me dire : ça ne nous dit pas ce qu’il y a dans ce livre. Et bien si, quand même, un peu. L’écologie, selon notre néo-converti, c’est une grande compilation d’articles et de données scientifiques, plus ou moins sourcés, sur le changement climatique, la biodiversité, l’appauvrissement des ressources, l’intelligence artificielle,…compilation à propos de laquelle Jacques Séguéla aurait pu écrire qu’il ne suffit pas de mélanger toutes sortes de poissons pour faire une bonne bouillabaisse.

Et puis il y a des réflexions plus personnelles. Comme par exemple celle-ci à propos de la sécurité des installations nucléaires : ‘’il faudra qu’on m’explique comment l’homme peut aller vivre sur Mars mais serait incapable de fabriquer une centrale atomique qui ne fuit pas’’. Ou encore celle-là : ‘’il existait dans les toilettes publiques une pancarte : merci de laisser cet endroit aussi propre en sortant que vous l’avez trouvé en entrant. Et si nous appliquions à notre planète la même résolution ?’’

Je ne sais pas ce qu’en penseront les scientifiques qui alertent depuis des années sur le changement climatique lorsqu’ils verront que leurs ouvrages se vendent moins bien que celui de l’ancien dirigeant de RSCG. Mais ne comptez pas sur moi pour endosser la moindre responsabilité. Ne dites surtout pas à ma mère que j’ai fait une chronique sur le dernier livre de Jacques Séguéla, elle me croit journaliste à France Culture.

lundi 5 octobre 2020

Environnement : Jacques Séguéla veut que la publicité "serve l’écologie" - france info



Le publicitaire Jacques Séguéla est devenu écologiste. Auteur de "Ne dites pas à mes filles que je suis écolo elles me croient publicitaire !", il est l’invité du 23h de franceinfo samedi 3 octobre.





"La publicité a certainement fait beaucoup de méfaits, mais elle peut se racheter, essayer de servir l’écologie", estime Jacques Séguéla, invité de franceinfo, samedi 3 octobre. "Oui la publicité a poussé à la surconsommation, mais de plus en plus elle pousse à mieux consommer et moins consommer, à protéger la nature", assure le publicitaire.

"Aimons la Terre et elle vous le rendra"


"Si l’ensemble des Terriens se décide à sauver la Terre, elle sera sauvée. Il faut tous se donner la main pour la réparer. On peut y arriver", insiste l'auteur du livre Ne dites pas à mes filles que je suis écolo elles me croient publicitaire !

Jacques Séguéla pense notamment qu'il "faut investir de l’argent pour les avions à l’hydrogène". Pour lui, s'il y avait un slogan à faire pour l’environnement, ce serait : "Aimons la Terre et elle vous le rendra", soulignant que "les cataclysmes font plus de morts que l'ensemble des guerres du monde".

dimanche 4 octobre 2020

Jacques Séguéla : « Arrêtons le massacre… »

 


ENTRETIEN. Le publicitaire signe un vigoureux plaidoyer écologiste. Selon lui, il y a urgence à prendre des mesures pour la défense de l'environnement.





Autant le dire tout de suite…, c'est un terrain sur lequel on ne s'attendait pas à le croiser. Jacques Séguéla écologiste ? Le publicitaire assure pourtant l'être devenu. S'il n'a pas pris sa carte chez les Verts, il publie, cet automne, un ouvrage* où il prend fait et cause pour la défense de l'environnement et appelle la classe politique à adopter des mesures plus efficaces pour protéger la planète. Sur un peu plus de 200 pages, il dresse un état des lieux (alarmiste) de la situation et évoque quelques pistes pour corriger le tir. Son credo : nous avons tous un rôle à jouer dans ce combat. Interview.

Le Point : Vous publiez un véritable plaidoyer écologiste. Est-ce à dire que vous soutenez la proposition de loi du député Matthieu Orphelin qui vise à « réduire les incitations à la surconsommation » et à interdire toute publicité aux entreprises qui polluent la planète ?

Après 1500 campagnes pour les plus grandes marques, Jacques Séguéla se met au service de la planète. Jacques Séguéla : Oh non. Malheureux ! Ce texte est irresponsable. On est chez les fous, là. Ce monsieur a-t-il bien compris que, si sa proposition de loi passe, c'est la mort assurée de la presse, de la radio et de la télévision ? Et finalement aussi l'arrêt de mort de la publicité ! Je croyais qu'on vivait dans le pays de la liberté d'expression. Or la publicité est un mode d'expression comme un autre.

Il y a quand même des interdits en matière de publicité pour les produits dangereux pour la santé, notamment…

Certes. Mais ce texte revient à faire de l'écologie punitive. Elle est, en ce sens, très différente de la vision que je défends. Je suis pour une écologie sensible, humaine, choisie et non imposée. Une « soft écologie » en quelque sorte. J'ajouterai que l'interdiction des publicités dans les médias serait un cadeau formidable à ceux-là mêmes qui nous étranglent déjà, ces fameux géants de l'Internet auxquels j'ai consacré mon précédent livre : Le diable s'habille en Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon). Eux n'auront que faire de cette loi. Ils accueilleront les publicités proscrites ailleurs. Et puis ce n'est pas vraiment le moment de taper sur les agences.

Pourquoi ?

Mais parce que c'est la crise. Parce que nous avons besoin de relancer la machine économique et que nos campagnes visent à inciter les consommateurs à jouer un rôle dans cette reprise. Savez-vous que pour chaque euro investi dans la publicité, l'économie réelle crée entre 7 et 8 euros de valeur ? Ce n'est pas le moment, les enfants, de brider la pub à l'heure où il faut faire ouvrir leur bas de laine aux Français. Depuis le confinement, nos concitoyens ont thésaurisé plus de 85 milliards d'euros. Si nous voulons créer des chômeurs, allons-y, interdisons la publicité à l'automobile et à l'aéronautique. Mais à qui cela profitera-t-il ? Je vais vous le dire : aux entreprises étrangères.

Alors que faire ?

La France est un pays riche peuplé de pauvres. Plus sérieusement, la publicité joue un rôle économique de premier plan pour dynamiser l'économie marchande. Sans nous, de nombreuses entreprises mettraient la clef sous la porte. Nous devons prendre soin du secteur publicitaire car il pèse lourd en termes d'emplois (150 000 emplois directs, le double d'emplois indirects, NDLR). Nous vivons dans l'une de trois premières nations les plus créatives dans ce domaine. Mais notre rôle n'est pas seulement économique. La publicité n'est peut-être pas toujours au niveau où je souhaiterais qu'elle soit, mais imaginez des rues sans affiches… sans couleur, sans humeur, sans humour.

Mais peut-on vraiment dire que la publicité joue un rôle positif en matière environnementale ?

Plus qu'on ne le croit. La pub est un secteur très souvent attaqué alors même qu'il est plutôt vertueux en matière d'écologie. Sachez qu'entre 10 et 20 % des investissements, soit une enveloppe de 100 millions d'euros par an, ce qui n'est pas rien, sont versés à des associations ou des fondations qui œuvrent pour le bien de la planète…

Vous écrivez que votre conversion à l'écologie a été tardive. Quel en a été le déclic ?

C'est très simple : l'an dernier, avant l'été, j'ai eu une conversation avec Fabrice Beaulieu (à qui cet ouvrage est dédié). Il est le patron du groupe Reckitt, qui produit, entre autres, les machines à laver la vaisselle Finish. Fabrice m'a ouvert les yeux sur une réalité. Dans certains pays, comme la Turquie, les gens prélavent leurs assiettes avant de les glisser dans la machine. Ses ingénieurs ont fait une étude pour savoir si cela était utile. Leur conclusion a été claire : c'est non. La machine est plus efficace que l'homme et il ne sert à rien de laver deux fois ses couverts. Mais ils ont aussi calculé ce que cela représentait en termes de consommation d'eau. Et là, patratas, ils ont réalisé que c'étaient 50 litres d'eau qui s'envolaient chaque semaine pour chaque usager. À la fin de l'année, compte tenu du fait que 85 % des ménages turcs procèdent ainsi, ce sont des lacs entiers qui menacent de disparaître. Cette situation est d'autant plus préoccupante que la Turquie va connaître, avec le réchauffement climatique, un grand choc hydrique dans dix ans. Je me suis dit que je ne pouvais pas rester sans réagir.

Qu'avez-vous fait ?

J'ai sauté dans un avion et suis allé à Istanbul où nous avons une agence Havas. J'y ai retrouvé des créatifs en pleine effervescence. Nous avons décidé de lancer une campagne pour inciter les gens à préserver la ressource en eau. National Geographic est venu faire un film. Ce documentaire a ensuite été diffusé dans les écoles. Nous avons aussi distribué à chacun des participants du Forum économique mondial de Davos des verres sur lesquels étaient gradués les niveaux d'eau qu'atteindraient, dans les années qui viennent, les principaux lacs turcs si nous restions les bras croisés.

Comment votre initiative a-t-elle été accueillie ?

Merveilleusement. La campagne a fait un tabac, elle a été récompensée dans le monde entier. À Davos, certains chefs d'État nous ont donné l'impression de découvrir le problème. Mais c'est surtout parce que les jeunes générations se sont emparées du sujet que je nourris l'espoir que notre action aura de l'effet sur le long terme.

Vous misez beaucoup sur la jeunesse. Ce livre lui est d'ailleurs dédié… Vous ne tarissez pas d'éloge sur leur porte-voix : Greta Thunberg.

Mais cette jeune fille est formidable. Certes, elle a parfois un style outrancier, il lui arrive de s'enflammer, voire de faire preuve d'une certaine violence verbale, mais elle a raison. Lorsque j'ai commencé à écrire mon livre, elle avait mené plusieurs opérations de sensibilisation du grand public avec un art consommé de la publicité. Elle avait remonté les canaux de Bangkok, encombrés de plastique, à bord d'un paddle. Les spectateurs avaient alors pu constater, par eux-mêmes, combien ces cours d'eau sont pollués. Elle a ensuite traversé l'Atlantique en voilier pour délivrer un discours de dix minutes à la tribune de l'ONU. Et quel speech ! Elle a tout simplement remonté les bretelles des chefs d'État qui l'écoutaient. Cette jeune femme, qui faisait la grève des cours lorsqu'elle était en troisième, a désormais 17 ans, mais c'est une héroïne !

Vous vous en sentez proche ?

Bien sûr. Quand je parle d'écologie, je ne fais rien d'autre que d'évoquer de nécessaires adaptations de nos modes de vie et de nos modes d'être. Il n'est pas admissible que nous vivions à crédit à partir du 1er août, que nous ayons consommé à cette date plus que la planète ne peut nous offrir. C'est seulement en changeant nos mauvaises habitudes que nous pourrons sauver la planète. La lutte contre le gaspillage est une priorité. Vous rendez-vous compte que nous jetons 50 % de ce que nous achetons ? Et que la moitié de ce que nous jetons n'a même pas été ouvert. Cette question ne concerne pas un parti, vous le comprenez. Ce n'est pas une histoire de droite ou de gauche. De ce point de vue, je ne comprends pas que l'écologie soit récupérée par un parti. C'est l'affaire de tous.

En vous lisant, on jurerait parfois que vous êtes redevenu celui qui faisait campagne pour Mitterrand… S'il n'y avait pas ces pages où vous tressez des éloges à Nicolas Sarkozy et ces autres où vous adressez un clin d'œil à la « Manif pour tous » !

Je vais vous dire la vérité. Je ne suis ni de gauche ni de droite. Ou alors puisque le « ni-ni » est à proscrire en publicité : je suis à la fois de droite et de gauche. Et ce depuis quarante ans. Soit bien avant le « en même temps » d'Emmanuel Macron.

Vous avez beau pointer des problèmes très graves, votre livre se refuse à être catastrophiste. Pourquoi ?

Je me méfie des collapsologues. Notre planète a survécu à des épisodes bien plus graves que ce que nous traversons. Prenez l'astéroïde qui a frappé la Terre il y a 66 millions d'années… : sa puissance était équivalente à 15 000 fois la bombe atomique de Hiroshima.

Les dinosaures n'y ont pas survécu.

Oui, mais la vie, elle, n'a pas été rayée de la carte. Ce que je veux dire, c'est que le mythe du grand effondrement est mité. L'enjeu est simple : nous devons éviter que les températures ne continuent de grimper. En tout cas limiter cette hausse à 1,5 degré Celsius d'ici 2050. Depuis 250 ans, le thermomètre a déjà grimpé de 0,8 degré. De même, nous devons éviter que le niveau des océans ne monte de 60 cm, sauf à engloutir une grande partie des littoraux et des pays entiers comme la Hollande. Ces objectifs sont à notre portée. Je détaille comment. Une nouvelle extraordinaire est passée totalement inaperçue la semaine dernière. Le président Xi Jinping a indiqué que la Chine parviendrait à la neutralité carbone en 2060. Cela peut sembler loin, mais c'est demain ! La France a pris le même engagement un peu avant, mais tous les dirigeants prennent conscience que c'est un enjeu vital.

Le titre de votre dernier ouvrage est un clin d'œil au livre que vous aviez publié en 1979, (Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité, elle me croit pianiste dans un bordel). À l'époque, vous souhaitiez réhabiliter votre métier de publicitaire, est-ce à dire qu'il faut aussi réhabiliter les écolos ?

Exactement. Je veux aussi montrer qu'il y a une autre manière de défendre l'environnement que de culpabiliser les gens ou de leur taper sur les doigts.

Qu'entendez-vous quand vous appelez à « arrêter le massacre » ?

Arrêtons le saccage de la nature que nous léguerons à nos enfants. Arrêtons le massacre des animaux… Il y a 2 000 ans, 99 % de la masse animale présente sur terre était constituée par la faune sauvage et 1 % par les hommes. Les proportions sont aujourd'hui complètement inversées. L'enjeu, on le voit, est donc aussi démographique. Notre planète est passée de 252 millions d'humains à l'époque du Christ à un milliard en 1900. Nous serons 10 milliards en 2050 et 11 milliards en 2100. Il faut trouver des moyens d'assurer la subsistance de tous ces gens. Heureusement, il y a des pistes…

Finalement, vous renouez avec votre vocation contrariée de pharmacien. Vous pensez qu'il est encore possible de soigner le monde si l'on suit votre prescription ?

Je l'espère. Mon livre commence par une citation de Camus que j'adore : « On ne change pas le monde, on le répare. » En 1959, j'ai effectué un tour du monde en 2CV qui m'a marqué pour la vie. J'ai traversé huit déserts et de magnifiques forêts vierges. J'ai rencontré des populations et des paysages sublimes. Lorsque je suis revenu en France, j'étais transformé. C'est vrai que j'ai laissé tomber la pharmacie pour la publicité. Mais si je peux contribuer aujourd'hui à participer à l'opération de sauvetage de notre planète, je serai un homme comblé.

 L'ONU précise que nous serons près de 10 milliards à nous partager la Terre en 2050. Mais que restera-t-il de notre planète à cet horizon si nous ne changeons pas nos comportements ? Jacques Séguéla, malgré son optimisme, se pose la question. S'il récuse les scénarii apocalyptiques des collapsologues, il propose quelques pistes à explorer pour s'assurer qu'il y aura bien des lendemains... © DR
*Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire, de Jacques Séguéla, éditions WeLoveBooks, 211 pages, 19 €.