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mardi 19 janvier 2021

50 ANS à donner du SENS à son MÉTIER - Les publicités INOUBLIABLES de Jacques SÉGUÉLA

 

Jacques Séguéla, publicitaire de renom, a travaillé pour de grandes marques telles que Evian, Louis Vuitton ou encore Citroën. Il a également réalisé 1500 campagnes publicitaires et 20 campagnes présidentielles. Au-delà de sa carrière professionnelle, Jacques Séguéla est un homme de coeur qui encourage chaque personne à oser être créatif, aimer le goût du risque et se dépasser.Dans cette vidéo, il va te raconter comment il a réussi, alors que cela semblait impossible, à réaliser une publicité sur le porte avion Charles de Gaulle. Malgré tout son talent, il est passé comme tout le monde par des périodes de doutes et d'échecs. Tu découvriras dans cette vidéo comment il a pu se sentir coupable vis-à-vis de la moitié des français.

0:00​ • Introduction

Cet entretien est une pépite pour tout ceux qui veulent challenger le status quo ! Bon visionnage !

 Chapitres :
1:17​ • Générer une l’émotion
1:46​ • Atteindre l’impossible et marquer les esprits
7:18​ • S’assurer que son idée est la bonne
9:44​ • La genèse de la publicité crash test
11:42​ • Les clés pour réussir sa vie
13:32​ • Gestion des échecs
20:10​ • Le monde d’hier, et celui de demain
24:28​ • Mot de la fin David Laroche
https://davidlaroche.fr


vendredi 8 janvier 2021

Sébastien Krebs avec Jacques Séguéla - Europe 1

 




Europe 1 vous accompagne chaque jour de la semaine dès les premières lueurs du soleil avec de l'information et de la convivialité. L'émission parfaite pour commencer la journée du bon pied, et informer.

Les invités :

- Luc Smessaert, polyculteur éleveur dans l’Oise à Roy-Boissy

- Jacques Séguéla, publicitaire, cofondateur d'Euro RSCG

- Gérard Klein, interprète de L’Instit sur France 2 de 1993 à 2005


- Mathieu Zagrodzki, spécialiste des forces de l’ordre aux Etats-Unis et en France, chercheur associé au CESDIP

mardi 27 octobre 2020

Jacques Séguéla : "Il faut absolument que chaque terrien se dise que la terre est sa mère nourricière" - Sud Radio

Jacques Séguéla, auteur de "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo elles me croient publicitaire" (Coup de cœur édition), était l’invité de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le lundi 26 octobre dans "Le 10h - midi".






Le célèbre publicitaire se lance dans l'écologie. Et qu'importe si le sujet est de moins en moins vendeur, "ce n'est pas une galère", assure-t-il en appelant chaque terrien à s'emparer de cette préoccupation.

Faire plier les États


"On ne peut pas laisser l'écologie aux seules mains des écologistes", argue Jacques Séguéla qui précise les "applaudir même s'ils sont extrémistes" pour leurs actions et leur capacité "à faire plier les États". Dernier exemple en date, la Chine a annoncé la semaine dernière qu'elle aurait la neutralité carbone d'ici 2060, "alors qu'aujourd'hui c'est le pays le plus pollueur du monde".

Même son de cloche en Europe, où le Premier ministre britannique a annoncé "que dans dix ans, ils seraient 100% écologie grâce à l'énergie éolienne". "Tout ça c'est grâce aux écologistes", se félicite Jacques Séguéla, même s'il alerte sur le fait que "ça ne suffira pas". "Il faut absolument que chaque terrien se dise que la terre est sa mère nourricière", en appelle le publicitaire qui souhaite voir les gens "se donner la main".

Des petits gestes en complément des grandes décisions


Car, selon lui, "les grands gestes d'États" ne suffisent pas et doivent s'additionner "à nos petits gestes à nous, ces gestes barrières écologiques". Parmi ces gestes : "accepter de manger un peu moins de viande, sans pour autant la supprimer", invite-t-il, prenant exemple sur la consommation d'eau "qui pourrait manquer d'ici dix ans en Angleterre". "80% de l'eau est utilisée pour les vaches qui nourrissent les hommes, il faut réduire un peu la vapeur", souligne-t-il.

Le déclic écologique est venu chez Jacques Séguéla après un déjeuner avec l'un de ses clients à Londres. "Il me raconte qu'à Istanbul, 80% des ménagères rincent leur vaisselle avant de la mettre dans la machine à laver", rapporte-t-il. Un procédé inutile comme le démontrent certaines études. Alors le publicitaire se rend immédiatement à Istanbul, ville qui pourrait "manquer d'eau d'ici dix ans". Il réalise un reportage qui sera diffusé dans toutes les écoles de la ville. "Six mois après, il n'y avait plus que 20% des ménagères à persister dans ce procédé", se félicite-t-il.


lundi 26 octobre 2020

Jacques Séguéla : "Les écolos devraient exiger que la pub se mette au service de l’écologie" - Wedemain

 

Le communicant Jacques Séguéla signe un plaidoyer pour l'écologie, baptisé "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !". Dans ce panorama de notre époque, il invite les chefs d'État à réagir et les écologistes à utiliser la publicité, plutôt qu'à l'interdire. Entretien.


Le communicant Jacques Séguéla signe un plaidoyer pour l'écologie, baptisé "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !". Dans ce panorama de notre époque, il invite les chefs d'État à réagir et les écologistes à utiliser la publicité, plutôt qu'à l'interdire. Entretien.


Jacques Séguéla, auteur de "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !" (Crédit : Dhimbert / Wikimedia)
Jacques Séguéla, auteur de "Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !" (Crédit : Dhimbert / Wikimedia)
 

We Demain : Vous publiez Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !, clin d’œil à votre ancien best seller… Jacques Séguéla écologiste, ça peut surprendre : vous avez fait toute votre carrière dans la publicité, donc pour la consommation. Vous vous qualifiez vous-même de "fils de pub". D’où vient cette conversion à l’écologie ?    

Jacques Séguéla : Détrompez-vous, elle vient de loin ! J’ai été un écolo avant l’heure quand, il y a 60 ans, je suis parti faire le tour du monde avec une 2CV qui ne dépassait pas les 50 km/h et ne consommait presque rien ! J’ai vécu deux années d’écologie pure : nous dormions à la belle étoile car nous n’avions pas les moyens de nous payer l’hôtel, nous mangions les pommes de terre et les fruits que nous ramassions dans les champs… Nous vivions avec l’équivalent d’un euro par jour, nous pouvions réparer notre voiture nous-mêmes… Découvrir ainsi l’Afrique, l’Amérique du Nord, du Sud, et l’Asie a été une expérience incroyable pour quelqu’un qui n’avait jamais quitté Perpignan !

Quel choc quand je retourne aujourd’hui dans ces pays qui étaient des merveilles et qui ont été ravagés, détruits, pillés par l’Homme ! Quel monde vais-je laisser à mes petits enfants ?


Oui mais vous avez ensuite consacré toute votre vie à la publicité, n'est-ce pas le contraire de l’écologie ? 
La pub est le miroir de l’âme des peuples et l’éponge du temps. Ce n’est pas elle qui décide ce qu’elle va faire, ce sont les consommateurs. Dans les années 1970/80, ils se sont totalement libérés. La publicité a suivi, en essayant de courir plus vite, quitte à en faire un peu trop pour tirer le consommateur vers ses pulsions inconscientes et créer les modes, les tendances, les styles de vie qui changent tous les dix ans. Je m’y suis précipité avec tous les excès. Mais j’ai aussi été le premier à faire une affiche avec le slogan "Trop de pub tue la pub", parce que ça devenait insupportable. J’ai eu toute la profession contre moi.

Et puis, il y a une dizaine d’années, la pub a compris l’écologie. J’ai commencé à faire des campagnes écologiques, et aujourd’hui il n’y a plus un grand annonceur dans le monde qui ne mène pas un combat pour l’environnement. 15 % des investissements publicitaires y sont consacrés, non pas par bonne conscience mais parce que c’est une demande des consommateurs, partisans d’une écologie douce et non punitive. Les ultras de l’écologie sont nécessaires pour peser sur les États et leur imposer la transition écologique. Mais ça ne marchera que si par ailleurs les citoyens se convertissent à la "soft ecology".

Cette écologie douce est-elle suffisante face aux menaces qui pèsent sur la planète et que vous détaillez dans votre livre : dérèglements climatiques, pénurie d’eau, démographie galopante, atteintes à la biodiversité… 
Nous devons agir à ces deux niveaux. Ce sont les États qui prennent les grandes décisions. La COP 21 de Paris a permis à de nombreux États de s’engager et de se mettre dans les clous. Le président Xi Jinping vient d’annoncer que la Chine atteindra la neutralité carbone en 2060, alors qu’elle est aujourd’hui le pays le plus pollueur du monde. Et elle tiendra parole !

Mais ces décisions d’États ne suffiront pas. Il faut aussi des gestes barrières des terriens : des petits gestes comme remplacer la bouteille d’eau en plastique par la gourde, revoir son alimentation, baisser son chauffage d’un degré, aller en vélo à son travail qui dans 80 % des cas se situe à moins de 5 km du domicile. Je m’y astreins : j’ai réduit de moitié ma consommation de viande et de poisson et remplacé ma grosse voiture par un vélo et une petite smart avant de passer au véhicule électrique. Et François Mitterrand m’a appris à planter des arbres ! 

Vous restez opposé à l’interdiction de la publicité pour les produits nuisibles à l’environnement. Et vous dites même que les marques sont en première ligne dans la refondation d’un monde plus écologique… 
Si un produit est réellement nuisible, c’est à la loi de l’interdire, pas au publicitaire qui cherche à vendre le meilleur produit au prix le plus accessible. Les grandes marques investissent des centaines de millions pour l’écologie. Un grand patron de produits ménagers m’a un jour convoqué à Londres pour m’expliquer que son agence d’Istanbul s’était aperçue que 80 % des ménagères turques rinçaient leur vaisselle avant de la mettre dans leur machine à laver, alors que les études prouvent que ça n’a aucun effet. Le lendemain, j’étais à Istanbul pour lancer une campagne se référant à une enquête du National Geographic indiquant que dans 10 ans la capitale turque manquerait d’eau. Le film que nous avons réalisé a eu un grand succès. Le président Erdogan a décidé de le diffuser dans toutes les écoles pour que les enfants sensibilisent leurs parents. Huit mois après, il ne restait plus que 20 % des ménagères qui continuaient à rincer leur vaisselle… C’est la preuve que les marques peuvent agir pour l’environnement.

Vous évoquez le "monde d’après" en faisant preuve d’un optimisme forcené. Vous, le publicitaire, évoquez, ce qui surprend, "la fin des dictature des hypermarchés et de l’hyperconsommation", et même la fin du capitalisme… 
Les meilleurs économistes disent que le capitalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui, et qui rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres, va mourir dans les 30 ou 40 années qui viennent. Mais il renaitra, je l’espère sous la forme d’un éco-capitalisme de partage et de redistribution. Sinon ça se terminera en révolution !

La fin de la dictature des hypermarchés est, elle, déjà commencé. Auchan ou Carrefour restructurent leurs hypers en remplaçant la moitié des espaces de vente en zone de loisirs ou ou de spectacle. Les produits qui resteront arriveront directement des fermes avoisinantes et non plus de l’autre bout du monde. Les consommateurs seront orientés vers des modes d’alimentation plus sains : il n’est plus possible d’avoir 10 % d’obèses en France, et 30 % en Amérique. 

Nous sommes entrés dans l’ère du "consommer moins mais mieux" : c’est mon combat depuis 40 ans ! Les écologistes, plutôt que de refuser toute publicité, devraient exiger qu’elle se mette au service de l’écologie. C’est peut-être le meilleur atout de l’écologie pour rendre le monde meilleur…

https://www.wedemain.fr/Jacques-Seguela-Les-ecolos-devraient-exiger-que-la-pub-se-mette-au-service-de-l-ecologie_a4923.html

jeudi 15 octobre 2020

Si t'as pas écrit un livre sur l'écologie avant 50 ans...

Jacques Séguéla s'est converti à l'écologie : c'est bien. Oui mais il en a fait un livre...



ne dites pas à ma femme que j'ai lu le dernier livre de Jacques Séguéla, elle croit que j'ai un vrai travail• Crédits : Pierre Perrin - Getty



Bien que n’étant pas d’un naturel rancunier, je garde une dent contre un de mes anciens camarades d’université, avec qui je m’étais retrouvé en binôme pour faire un exposé sur Pierre Bourdieu. J’avais bossé, lui très peu, tout juste le temps d’absorber le fruit de mon travail. A l’oral, c’est pourtant lui qui avait récolté les félicitations de l’enseignant.

Depuis, j’éprouve une vraie compassion pour tous ces universitaires, cette armée laborieuse d’intellectuels, qui passent des années à creuser un sujet, à rédiger une thèse, et qui voient surgir de nulle part de purs opportunistes qui leur volent la vedette.

Je me mets par exemple à la place des épidémiologistes dans leurs unités de recherche, confrontés, depuis le début de la pandémie, à l’omniprésence médiatique d’un Michel Cymes. Ou alors à celle des penseurs de la condition animale, relégués à l’arrière-plan et aux notes de bas de page par ces grands vulgarisateurs télégéniques que sont Aymeric Caron ou Franz-Olivier Giesbert. Nul n’est prophète dans son pays…ni dans son domaine de recherche.

A vrai dire, l’an dernier, en débutant cette chronique, j’avais plutôt le sentiment d’être du mauvais côté du manche, celui des imposteurs, ou des bouffons pour reprendre l’expression de Christian Salmon. ‘’Mais qui c’est ce gugusse qui vient nous parler d’écologie tous les matins ?’’ : voilà à peu près ce que devaient se dire (et ce que se disent peut-être encore) les vrais spécialistes du sujet.

J’en étais là de mes complexes jusqu’à ce qu’un livre vienne me délivrer du dernier mes scrupules : celui de Jacques Séguéla, ‘’Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire !’’, tout juste publié aux éditions Coups de cœur.

L’homme le plus bronzé qu’il m’ait été donné de voir depuis que je suis né venait donc à son tour de prendre le train de l’écologie en marche ! Ce qui à vrai dire n’a rien d’étonnant. Il n’y a pas mieux qu’un publicitaire pour recycler les idées à la mode (quitte à se renier lui-même), et il suffit de faire un bref séjour devant un écran de télé pour mesurer à quel point c’est déjà le cas : le culte de la performance et l’accessibilité du prix y ont été remplacés, dans les slogans, par le made in France, le terroir, le recyclable, l’écoresponsable, le bio, le 100% naturel, le bon pour la planète…bref toute la panoplie du greenwashing.

Mais c’est pour la bonne cause, nous dit Jacques Séguéla, à qui on ne pourra pas reprocher son ingratitude : la pub l’a nourri, il lui renvoie l’ascenseur : ‘’les marques seront en première ligne pour (la) refondation du monde…Quel bonheur : un quart des investissements marketing en France sont destinés à rendre le monde meilleur’’, ‘’le pouvoir des marques entre en guerre contre la détérioration de la planète’’.

L’avantage avec les publicitaires, c’est qu’ils ont le sens de la formule et de la typographie : les saillies de Jacques Séguéla sont écrites en caractère gras, ce qui encourage le saut de paragraphe. En voici quelques-unes : ‘’charité écologique bien ordonnée commence par soi-même’’, ‘’la mer est une terre d’espoir’’, ‘’eau secours’’, ‘’S.Eau.S’’, ‘’il n’est jamais trop tôt pour savoir qu’il n’est pas trop tard’’! C’est quand même autre chose que du Bruno Latour.

Vous allez me dire : ça ne nous dit pas ce qu’il y a dans ce livre. Et bien si, quand même, un peu. L’écologie, selon notre néo-converti, c’est une grande compilation d’articles et de données scientifiques, plus ou moins sourcés, sur le changement climatique, la biodiversité, l’appauvrissement des ressources, l’intelligence artificielle,…compilation à propos de laquelle Jacques Séguéla aurait pu écrire qu’il ne suffit pas de mélanger toutes sortes de poissons pour faire une bonne bouillabaisse.

Et puis il y a des réflexions plus personnelles. Comme par exemple celle-ci à propos de la sécurité des installations nucléaires : ‘’il faudra qu’on m’explique comment l’homme peut aller vivre sur Mars mais serait incapable de fabriquer une centrale atomique qui ne fuit pas’’. Ou encore celle-là : ‘’il existait dans les toilettes publiques une pancarte : merci de laisser cet endroit aussi propre en sortant que vous l’avez trouvé en entrant. Et si nous appliquions à notre planète la même résolution ?’’

Je ne sais pas ce qu’en penseront les scientifiques qui alertent depuis des années sur le changement climatique lorsqu’ils verront que leurs ouvrages se vendent moins bien que celui de l’ancien dirigeant de RSCG. Mais ne comptez pas sur moi pour endosser la moindre responsabilité. Ne dites surtout pas à ma mère que j’ai fait une chronique sur le dernier livre de Jacques Séguéla, elle me croit journaliste à France Culture.

lundi 5 octobre 2020

Environnement : Jacques Séguéla veut que la publicité "serve l’écologie" - france info



Le publicitaire Jacques Séguéla est devenu écologiste. Auteur de "Ne dites pas à mes filles que je suis écolo elles me croient publicitaire !", il est l’invité du 23h de franceinfo samedi 3 octobre.





"La publicité a certainement fait beaucoup de méfaits, mais elle peut se racheter, essayer de servir l’écologie", estime Jacques Séguéla, invité de franceinfo, samedi 3 octobre. "Oui la publicité a poussé à la surconsommation, mais de plus en plus elle pousse à mieux consommer et moins consommer, à protéger la nature", assure le publicitaire.

"Aimons la Terre et elle vous le rendra"


"Si l’ensemble des Terriens se décide à sauver la Terre, elle sera sauvée. Il faut tous se donner la main pour la réparer. On peut y arriver", insiste l'auteur du livre Ne dites pas à mes filles que je suis écolo elles me croient publicitaire !

Jacques Séguéla pense notamment qu'il "faut investir de l’argent pour les avions à l’hydrogène". Pour lui, s'il y avait un slogan à faire pour l’environnement, ce serait : "Aimons la Terre et elle vous le rendra", soulignant que "les cataclysmes font plus de morts que l'ensemble des guerres du monde".

dimanche 4 octobre 2020

Jacques Séguéla : « Arrêtons le massacre… »

 


ENTRETIEN. Le publicitaire signe un vigoureux plaidoyer écologiste. Selon lui, il y a urgence à prendre des mesures pour la défense de l'environnement.





Autant le dire tout de suite…, c'est un terrain sur lequel on ne s'attendait pas à le croiser. Jacques Séguéla écologiste ? Le publicitaire assure pourtant l'être devenu. S'il n'a pas pris sa carte chez les Verts, il publie, cet automne, un ouvrage* où il prend fait et cause pour la défense de l'environnement et appelle la classe politique à adopter des mesures plus efficaces pour protéger la planète. Sur un peu plus de 200 pages, il dresse un état des lieux (alarmiste) de la situation et évoque quelques pistes pour corriger le tir. Son credo : nous avons tous un rôle à jouer dans ce combat. Interview.

Le Point : Vous publiez un véritable plaidoyer écologiste. Est-ce à dire que vous soutenez la proposition de loi du député Matthieu Orphelin qui vise à « réduire les incitations à la surconsommation » et à interdire toute publicité aux entreprises qui polluent la planète ?

Après 1500 campagnes pour les plus grandes marques, Jacques Séguéla se met au service de la planète. Jacques Séguéla : Oh non. Malheureux ! Ce texte est irresponsable. On est chez les fous, là. Ce monsieur a-t-il bien compris que, si sa proposition de loi passe, c'est la mort assurée de la presse, de la radio et de la télévision ? Et finalement aussi l'arrêt de mort de la publicité ! Je croyais qu'on vivait dans le pays de la liberté d'expression. Or la publicité est un mode d'expression comme un autre.

Il y a quand même des interdits en matière de publicité pour les produits dangereux pour la santé, notamment…

Certes. Mais ce texte revient à faire de l'écologie punitive. Elle est, en ce sens, très différente de la vision que je défends. Je suis pour une écologie sensible, humaine, choisie et non imposée. Une « soft écologie » en quelque sorte. J'ajouterai que l'interdiction des publicités dans les médias serait un cadeau formidable à ceux-là mêmes qui nous étranglent déjà, ces fameux géants de l'Internet auxquels j'ai consacré mon précédent livre : Le diable s'habille en Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon). Eux n'auront que faire de cette loi. Ils accueilleront les publicités proscrites ailleurs. Et puis ce n'est pas vraiment le moment de taper sur les agences.

Pourquoi ?

Mais parce que c'est la crise. Parce que nous avons besoin de relancer la machine économique et que nos campagnes visent à inciter les consommateurs à jouer un rôle dans cette reprise. Savez-vous que pour chaque euro investi dans la publicité, l'économie réelle crée entre 7 et 8 euros de valeur ? Ce n'est pas le moment, les enfants, de brider la pub à l'heure où il faut faire ouvrir leur bas de laine aux Français. Depuis le confinement, nos concitoyens ont thésaurisé plus de 85 milliards d'euros. Si nous voulons créer des chômeurs, allons-y, interdisons la publicité à l'automobile et à l'aéronautique. Mais à qui cela profitera-t-il ? Je vais vous le dire : aux entreprises étrangères.

Alors que faire ?

La France est un pays riche peuplé de pauvres. Plus sérieusement, la publicité joue un rôle économique de premier plan pour dynamiser l'économie marchande. Sans nous, de nombreuses entreprises mettraient la clef sous la porte. Nous devons prendre soin du secteur publicitaire car il pèse lourd en termes d'emplois (150 000 emplois directs, le double d'emplois indirects, NDLR). Nous vivons dans l'une de trois premières nations les plus créatives dans ce domaine. Mais notre rôle n'est pas seulement économique. La publicité n'est peut-être pas toujours au niveau où je souhaiterais qu'elle soit, mais imaginez des rues sans affiches… sans couleur, sans humeur, sans humour.

Mais peut-on vraiment dire que la publicité joue un rôle positif en matière environnementale ?

Plus qu'on ne le croit. La pub est un secteur très souvent attaqué alors même qu'il est plutôt vertueux en matière d'écologie. Sachez qu'entre 10 et 20 % des investissements, soit une enveloppe de 100 millions d'euros par an, ce qui n'est pas rien, sont versés à des associations ou des fondations qui œuvrent pour le bien de la planète…

Vous écrivez que votre conversion à l'écologie a été tardive. Quel en a été le déclic ?

C'est très simple : l'an dernier, avant l'été, j'ai eu une conversation avec Fabrice Beaulieu (à qui cet ouvrage est dédié). Il est le patron du groupe Reckitt, qui produit, entre autres, les machines à laver la vaisselle Finish. Fabrice m'a ouvert les yeux sur une réalité. Dans certains pays, comme la Turquie, les gens prélavent leurs assiettes avant de les glisser dans la machine. Ses ingénieurs ont fait une étude pour savoir si cela était utile. Leur conclusion a été claire : c'est non. La machine est plus efficace que l'homme et il ne sert à rien de laver deux fois ses couverts. Mais ils ont aussi calculé ce que cela représentait en termes de consommation d'eau. Et là, patratas, ils ont réalisé que c'étaient 50 litres d'eau qui s'envolaient chaque semaine pour chaque usager. À la fin de l'année, compte tenu du fait que 85 % des ménages turcs procèdent ainsi, ce sont des lacs entiers qui menacent de disparaître. Cette situation est d'autant plus préoccupante que la Turquie va connaître, avec le réchauffement climatique, un grand choc hydrique dans dix ans. Je me suis dit que je ne pouvais pas rester sans réagir.

Qu'avez-vous fait ?

J'ai sauté dans un avion et suis allé à Istanbul où nous avons une agence Havas. J'y ai retrouvé des créatifs en pleine effervescence. Nous avons décidé de lancer une campagne pour inciter les gens à préserver la ressource en eau. National Geographic est venu faire un film. Ce documentaire a ensuite été diffusé dans les écoles. Nous avons aussi distribué à chacun des participants du Forum économique mondial de Davos des verres sur lesquels étaient gradués les niveaux d'eau qu'atteindraient, dans les années qui viennent, les principaux lacs turcs si nous restions les bras croisés.

Comment votre initiative a-t-elle été accueillie ?

Merveilleusement. La campagne a fait un tabac, elle a été récompensée dans le monde entier. À Davos, certains chefs d'État nous ont donné l'impression de découvrir le problème. Mais c'est surtout parce que les jeunes générations se sont emparées du sujet que je nourris l'espoir que notre action aura de l'effet sur le long terme.

Vous misez beaucoup sur la jeunesse. Ce livre lui est d'ailleurs dédié… Vous ne tarissez pas d'éloge sur leur porte-voix : Greta Thunberg.

Mais cette jeune fille est formidable. Certes, elle a parfois un style outrancier, il lui arrive de s'enflammer, voire de faire preuve d'une certaine violence verbale, mais elle a raison. Lorsque j'ai commencé à écrire mon livre, elle avait mené plusieurs opérations de sensibilisation du grand public avec un art consommé de la publicité. Elle avait remonté les canaux de Bangkok, encombrés de plastique, à bord d'un paddle. Les spectateurs avaient alors pu constater, par eux-mêmes, combien ces cours d'eau sont pollués. Elle a ensuite traversé l'Atlantique en voilier pour délivrer un discours de dix minutes à la tribune de l'ONU. Et quel speech ! Elle a tout simplement remonté les bretelles des chefs d'État qui l'écoutaient. Cette jeune femme, qui faisait la grève des cours lorsqu'elle était en troisième, a désormais 17 ans, mais c'est une héroïne !

Vous vous en sentez proche ?

Bien sûr. Quand je parle d'écologie, je ne fais rien d'autre que d'évoquer de nécessaires adaptations de nos modes de vie et de nos modes d'être. Il n'est pas admissible que nous vivions à crédit à partir du 1er août, que nous ayons consommé à cette date plus que la planète ne peut nous offrir. C'est seulement en changeant nos mauvaises habitudes que nous pourrons sauver la planète. La lutte contre le gaspillage est une priorité. Vous rendez-vous compte que nous jetons 50 % de ce que nous achetons ? Et que la moitié de ce que nous jetons n'a même pas été ouvert. Cette question ne concerne pas un parti, vous le comprenez. Ce n'est pas une histoire de droite ou de gauche. De ce point de vue, je ne comprends pas que l'écologie soit récupérée par un parti. C'est l'affaire de tous.

En vous lisant, on jurerait parfois que vous êtes redevenu celui qui faisait campagne pour Mitterrand… S'il n'y avait pas ces pages où vous tressez des éloges à Nicolas Sarkozy et ces autres où vous adressez un clin d'œil à la « Manif pour tous » !

Je vais vous dire la vérité. Je ne suis ni de gauche ni de droite. Ou alors puisque le « ni-ni » est à proscrire en publicité : je suis à la fois de droite et de gauche. Et ce depuis quarante ans. Soit bien avant le « en même temps » d'Emmanuel Macron.

Vous avez beau pointer des problèmes très graves, votre livre se refuse à être catastrophiste. Pourquoi ?

Je me méfie des collapsologues. Notre planète a survécu à des épisodes bien plus graves que ce que nous traversons. Prenez l'astéroïde qui a frappé la Terre il y a 66 millions d'années… : sa puissance était équivalente à 15 000 fois la bombe atomique de Hiroshima.

Les dinosaures n'y ont pas survécu.

Oui, mais la vie, elle, n'a pas été rayée de la carte. Ce que je veux dire, c'est que le mythe du grand effondrement est mité. L'enjeu est simple : nous devons éviter que les températures ne continuent de grimper. En tout cas limiter cette hausse à 1,5 degré Celsius d'ici 2050. Depuis 250 ans, le thermomètre a déjà grimpé de 0,8 degré. De même, nous devons éviter que le niveau des océans ne monte de 60 cm, sauf à engloutir une grande partie des littoraux et des pays entiers comme la Hollande. Ces objectifs sont à notre portée. Je détaille comment. Une nouvelle extraordinaire est passée totalement inaperçue la semaine dernière. Le président Xi Jinping a indiqué que la Chine parviendrait à la neutralité carbone en 2060. Cela peut sembler loin, mais c'est demain ! La France a pris le même engagement un peu avant, mais tous les dirigeants prennent conscience que c'est un enjeu vital.

Le titre de votre dernier ouvrage est un clin d'œil au livre que vous aviez publié en 1979, (Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité, elle me croit pianiste dans un bordel). À l'époque, vous souhaitiez réhabiliter votre métier de publicitaire, est-ce à dire qu'il faut aussi réhabiliter les écolos ?

Exactement. Je veux aussi montrer qu'il y a une autre manière de défendre l'environnement que de culpabiliser les gens ou de leur taper sur les doigts.

Qu'entendez-vous quand vous appelez à « arrêter le massacre » ?

Arrêtons le saccage de la nature que nous léguerons à nos enfants. Arrêtons le massacre des animaux… Il y a 2 000 ans, 99 % de la masse animale présente sur terre était constituée par la faune sauvage et 1 % par les hommes. Les proportions sont aujourd'hui complètement inversées. L'enjeu, on le voit, est donc aussi démographique. Notre planète est passée de 252 millions d'humains à l'époque du Christ à un milliard en 1900. Nous serons 10 milliards en 2050 et 11 milliards en 2100. Il faut trouver des moyens d'assurer la subsistance de tous ces gens. Heureusement, il y a des pistes…

Finalement, vous renouez avec votre vocation contrariée de pharmacien. Vous pensez qu'il est encore possible de soigner le monde si l'on suit votre prescription ?

Je l'espère. Mon livre commence par une citation de Camus que j'adore : « On ne change pas le monde, on le répare. » En 1959, j'ai effectué un tour du monde en 2CV qui m'a marqué pour la vie. J'ai traversé huit déserts et de magnifiques forêts vierges. J'ai rencontré des populations et des paysages sublimes. Lorsque je suis revenu en France, j'étais transformé. C'est vrai que j'ai laissé tomber la pharmacie pour la publicité. Mais si je peux contribuer aujourd'hui à participer à l'opération de sauvetage de notre planète, je serai un homme comblé.

 L'ONU précise que nous serons près de 10 milliards à nous partager la Terre en 2050. Mais que restera-t-il de notre planète à cet horizon si nous ne changeons pas nos comportements ? Jacques Séguéla, malgré son optimisme, se pose la question. S'il récuse les scénarii apocalyptiques des collapsologues, il propose quelques pistes à explorer pour s'assurer qu'il y aura bien des lendemains... © DR
*Ne dites pas à mes filles que je suis devenu écolo, elles me croient publicitaire, de Jacques Séguéla, éditions WeLoveBooks, 211 pages, 19 €.



samedi 13 octobre 2018

JACQUES SÉGUÉLA : « ENTRONS EN RÉSISTANCE CONTRE LES GAFA ! » - STRATEGIES


« Le diable s’habille en Gafa » : le nouvel opus de Jacques Séguéla, qui sort le 11 octobre aux éditions Coup de gueule, est une charge contre Google, Apple, Facebook et Amazon. Le publicitaire le plus connu des Français y dénonce notamment ce qu’il appelle le « dataïsme » : la dictature de la data.




Que de flamme dans votre livre! On sent que le sujet vous tient à cœur… 

Aux premières lignes du livre, je n’étais pas convaincu du sujet, j’étais un peu perdu devant l’avalanche des infos. Et soudain je me suis mis à surfer sur l’actualité. J’ai commencé en juillet 2017, plus le temps filait, plus je voyais la suite du feuilleton s’écrire sous mes yeux. Pour que ce méli-mélo ait de la tenue j’ai beaucoup coupé, beaucoup nourri, beaucoup repris. D’habitude j’écris plutôt mes ouvrages d’un trait avec une dizaine de relecture corrective, celui-ci en a nécessité 30! C’est peut-être un porte-bonheur: c’est mon trentième livre.
C’est d’abord un SOS! Nous ne voulons pas du diable mais nous sommes prêts à en accepter une part. C’est l’histoire de l’inventeur de la roue, il y a 6000 ans, qui débouche sur l’automobile, et sur les accidents de la route qui vont avec… Mais où serions-nous sans la voiture? Chemin faisant, les gouvernements se sont rendu compte du drame humain qu’elle provoquait et de son impact financier, ils en ont appelé à la prévention. Pourquoi ne faisons-nous pas de la prévention sur les dangers du numérique? Je précise aussitôt, avant d’être lynché par les progressistes de tous bords, que le numérique va changer le monde, sauver des vies, certainement plus qu’en gâcher. Mais est-ce une raison pour subir le pire alors qu’il suffit de garder le meilleur?

En quoi les publicitaires ont-ils fait le lit des Gafa?

Les Gafa se sont construits sur les budgets des annonceurs que nous leur avons apportés. Cinq ans après sans crier gare, ils se sont mis à voler de leurs propres ailes. Sir Sorrell en a payé le prix… Le livre narre ainsi les grandeurs et les misères de la 3e révolution de notre ère. À la révolution marchande, puis industrielle succède enfin la révolution infostrielle: la nôtre. Nous voici, nous publicitaires, dans l’œil du cyclone, un marché que désormais tous les ploutocrates du numérique convoitent des Gafa aux Accenture, Deloitte et autres. Mais nous ne les laisserons pas nous dévorer. La pub a la peau dure.

Ressentez-vous de la culpabilité par rapport à ce constat?

Il faut toujours reconnaître ses faiblesses. Au XXème siècle, jusqu’à l’arrivée du net, la pub était de la propagande. Des messages assénés sans droit de réponse, non par volonté, mais par incapacité technologique. Le net est venu remettre les pendules à l’heure, donnant la parole au consommateur, parfois plus forte que celle des annonceurs: le consommateur est entré en démocratie de consommation. C’est pour nous la plus grande victoire du net. Mais nous allons découvrir que les quatre garçons dans le vent de la Silicon Valley ont thésaurisé, sans leur accord, chacun des gestes les plus intimes de nos consommateurs. Les datas sont désormais capables de détecter une sorte d’âme souterraine qui serait la nôtre mais qui nous est inconnue. Ils se sont mis, sans autorisation, ni information, ni participation, à exploiter jusqu’à notre inconscient affectif.
Le ciblage personnalisé est l’une des plus grandes avancées de notre métier mais il ne peut s’accepter sans l’autorisation de la personne ciblée. Comment ne pas prendre peur? Comment ne pas entrer en résistance?

N’avons pas finalement tous été complices?

Tout à fait ! C’est le plus grand hold-up du siècle dont nous sommes à la fois complices et victimes. C’est la mort de la personnalité, la mort de l’intimité, la mort de la vie privée. C’est un peu la démonstration de l’agence Grey au Brésil avec son «Corruption Detector», la campagne est géniale mais le procédé fait réfléchir. Je n’en reste pas moins optimiste! Je n’ai de nostalgie que du futur. Les optimistes ont inventé l’avion, les pessimistes le parachute. Restons dans l’avion, entrons en résistance. 

Quelles sont les façons de lutter?

La première action revient aux gouvernements. L'Europe a montré l’exemple avec le RGPD, une façon efficace de stopper l’Anchluss des quatre diables, et d’imposer des amendes extrêmement sévères (4% de leur CA). Est-ce suffisant? Le comportement de Zuckerberg devant le Sénat américain montre avec quelle arrogance et quel autisme il continue de bâtir son empire. La richesse des Gafa est comparable au PIB de la France (2600 milliards de dollars), il sera dans cinq ans, dans dix ans celui de l’Europe et pourquoi pas un jour celui du monde. Mais quel monde, un monde qui n’aurait ni cœur ni valeur, ni culture ni aventure, ni civilité ni humanité…
Comment laisser sans réaction ces quatre sociétés, les plus riches du globe avoir, tout savoir, tout pouvoir sur nous? Apple thésaurise aujourd’hui 1000 milliards de dollars, comment lutter? Si au moins, tel Bill Gates, ils utilisaient cette fortune pour aider les 800 millions d’humains qui ne mangent pas à leur faim. Si au moins ils s’engageaient à rendre le monde meilleur. Mais non! Ils ne font que réfléchir à aller sur Mars ou comment vivre 1000 ans. Mais qui veut vivre 1000 ans sur Mars? Le progrès est une machine en accélération permanente sur laquelle il n’y a pas de marche arrière. Nul ne peut le refuser, il construit notre avenir mais il nous appartient de décider de sa finalité. C’est le cri d’alarme mais aussi le cri du cœur et le cri d’espoir de mon livre.

Alors qu’en est-il des robots?

Vive le métro-boulot-robot! Les machines vont changer notre quotidien et nous rendre la vie plus facile. Mais si nous les laissons en liberté, ils peuvent aussi bien nous condamner à mort. Les robots tueurs sont en marche, des tireurs d’acier opérant sur terre, mer ou air. Je suis fan du regretté Stephen Hawking qui militait pour leur interdiction déclarant qu’ils pourraient entraîner la fin du monde. Ces robots guerriers ne connaissent ni la maladie, ni la peur, ni la douleur ni la honte, ni la désobéissance, ni la mort. Ils préfigurent une guerre sans guerrier, une guerre sans conscience, une guerre sans limite. Un jour ils seront leur propre donneur d’ordre, décidant eux-mêmes de leurs cibles. Plus que jamais, les états doivent être leur garde-fou et nous, leurs lanceurs d’alerte.

Ces États sont-ils défaillants?

Ils doivent faire plus et plus vite mais c’est à chacun de nous de s’autoprotéger. Pourquoi naviguons-nous tous sur Google comme des moutons de panurge ? Pourquoi ne passons-nous pas sur Qwant, le moteur de recherche français qui protège nos données et nous pousse au partage?
Pourquoi la Chine est-elle la seule à avoir créer son propre Gafa? À quand un Gafa européen?
L’Amérique est la première concernée, il lui suffirait d’appliquer la loi antitrust, garantie par la constitution depuis 1850, pour stopper cette hégémonie numérique. Mais l’Amérique de Trump ne fera rien.
En France, la haute autorité de la concurrence interdit de détenir plus de 30% d’un marché, les Gafa détiennent 80% de la publicité en ligne. Qu’attendons-nous pour sévir? Il faut aussi faire cesser cette spoliation de chaque internaute et lui payer le prix de ses données. Julien Dray le dernier des Mohicans socialistes, propose le versement d’une indemnité de 50000 euros versés à chaque terrien le jour de ses 18 ans. Chiche!

L’espoir que fait naitre les Gafa chez les peuples n’est-il pas le signe de l’abandon de ce même peuple par les États?

La démocratie a hélas cette limite d’offrir une liberté encadrée. La peste numérique nous conduit, elle, à la pensée unique. Barack Obama lors de sa dernière venue à Paris, invité par les Napoléons a été est le premier à tempêter: «Ce qui est terrible avec les Gafa c’est qu’on ne vous envoie que les news qui vous intéressent. Les conservateurs ne reçoivent que des news conservatrices, les démocrates que des news démocrates». Comment ne pas parler de propagande? C’est la petite mort du pluralisme intellectuel. À force de nous numériser, le numérique fait de nous un numéro. C’est l’envers de la démocratie, une mise à mort de l’altérité. Gardons-nous d’en arriver à ce que nous prédisait le 1984 d’Orwell. Ironiquement, cette mise en garde du premier spot d’Apple, devenu iconique, est justement le monde qu’Apple nous impose. Tim Cook devrait rougir honte.

Comment analysez-vous ce passage du rationnel à l’émotionnel ?

Il est temps de changer de cerveau. Nous en avons deux majeurs, le QE (quotient émotionnel) et le QI (quotient intellectuel). Le QI a rigidifié le 20e siècle, mettant la raison et Descartes à toutes les sauces, créant, ENA oblige, une caste de Jedi de l’économie à l’intelligence supérieure et à l’âme sèche. Le cartésianisme à tout crin finit par en oublier l’essentiel, la nécessité pour tout message de nous toucher et à la tête et au cœur. L’amour sans passion n’est qu’une gymnastique un peu bête. Nos administrations restent des machines à fabriquer de la raison mais ce nouveau siècle est celui de l’émotion. Je me souviens d’être venu à Paris à l’âge de 17 ans faire un test de QI. Le QE n’existait pas encore. Le psychologue conclut sa consultation en prévenant ma mère: «Votre fils n’a aucune faculté intellectuelle, vous devez l’orienter vers les activités manuelles.» Ma mère m’a sauvé la vie. Se levant d’un bond pour lui répondre: «Mon fils, le cancre ce n’est pas toi, c’est lui!» et m’amenant le soir même, et tous les soirs suivants de la semaine, au théâtre et tous les jours dans un musée différent. Elle a révélé mon QE. Merci maman!

Soixante-dix ans plus tard, on ne cesse de répéter que le nouveau média, c’est la data. Non! Le nouveau média c’est l’idée! Une data sans idée est comme un fusil sans cartouche. Tech sans affect n’est que ruine de l’âme et tech sans créa n’est que ruine de l’esprit. Soyons hybrides, il serait aussi stupide de lutter contre la tech que de ne pas lui imposer certaines règles de bonne conduite.

Mais le plus urgent est de protéger nos enfants dépossédés de leurs données sans même y réfléchir. Nous vivons le troisième temps de notre ère moderne après l’Hitlérisme, après le communisme, nous sommes à l’aube du dataïsme. La dictature du Big Data.


Que vous inspire le départ de Martin Sorrell? 

J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour sa vertigineuse réussite. Tout comme celle de Maurice Lévy. À chacun son choix, je préfère Maurice à Martin. Sorrell est un banquier, Lévy, un informaticien. À l’époque, c’était son handicap, c’est devenu sa force vitale. J’imagine que si le maître mondial des forges publicitaires a été si froidement expulsé, c’est pour avoir trop prolongé sa présidence à un moment si périlleux pour la pub. À ce niveau, le combat de trop ne pardonne pas. Maurice l’a compris.

Beaucoup de gens pensent qu’aujourd’hui on peut faire de la pub avec une IA. Qu’en pensez-vous?
L’intelligence humaine a le sens critique, l’intelligence artificielle le sens crypté. C’est sa limite. Une filiale japonaise de McCann a embauché voici 29 ans son premier directeur de création robot. On attend toujours le 1er Lion. Je n’ai qu’une définition de la créativité. Posez à un annonceur la question: que devient la neige lorsqu’elle fond? Il vous répondra de l’eau. Pas pour moi. Pas pour les créatifs lorsque la neige fond elle devient le printemps.
Il nous faut prendre l’intelligence artificielle avec intelligence. Elle n’a pas fini de faire des miracles en santé, en biotechnologie, en éducation, en économie… Sur une simple photo, on peut aujourd’hui distinguer un grain de beauté d’un mélanome naissant. C’est à la dermatologie ce que l’IRM fut à la radiologie. Il a fallu pour cela passer au crible 100000 images médicales.
En France une jeune start up Dream Up vision s’est attaquée à la détection de la rétinopathie diabétique (420 millions de malades). Comment ne pas aimer cette IA là ?
Mais dans le même temps, une équipe de chercheurs de Stanford qui est abjecte, a mis au point la grand algorithme qui permet sur une simple photo de décider si vous êtes homosexuel ou pas. Comment ne pas haïr cette IA là? Je ne veux pas de ce monde pour mes enfants.

Une coexistence pacifiée est-elle néanmoins possible?

Parfaitement. D’ailleurs la créativité sans technologie est amenée à s’éteindre et la tech sans créa fera de nous des robots. Vaut-il mieux être un humain mort ou un robot vivant ? Je préfère encore être un humain mort. Cela me rappelle la phrase de Goethe: «Si les singes savaient s’ennuyer, ils seraient des hommes». Le robot ne sait pas s’ennuyer. C’est là notre supériorité.

[POP TALK] Jacques Séguéla contre les GAFA


On a discuté intimité, data et conscience collective avec le ponte de la publicité française

A l’occasion de la sortie de son nouveau livre Le Diable s’Habille en GAFA, on a rencontré le prolifique publicitaire chez BETC, une des branches du groupe qu’il a co-fondé.

 

Les Grandes Gueules - RMC



Aujourd'hui, c'est au tour de Jacques Séguéla, ancien publicitaire, de passer le Grand Oral des GG. - Avec : Maxime Lledo, étudiant. Marie-Anne Soubré, avocate. Et Jacques Maillot, fondateur du voyagiste "Nouvelles Frontières". - Les Grandes Gueules, du mardi 9 octobre 2018, présenté par Alain Marschall et Olivier Truchot, sur RMC et en simultané sur Numéro 23.

Les "Grandes Gueules" c'est "le show qui vous parle et qui parle de vous"… alors tout le monde parle des GG ! Chaque jour, Alain Marschall et Olivier Truchot sont à la barre d'un talk-show de trois heures en direct intégral avec des personnalités peu ordinaires que sont les "Grandes Gueules". Des personnalités issues de la société civile ! Ils ne sont pas journalistes mais commerçant, commissaire de police, instituteur...

RMC est une radio généraliste, essentiellement axée sur l’actualité et sur l’interactivité avec les auditeurs, dans un format 100% parlé, inédit en France. La grille des programmes de RMC s’articule autour de rendez-vous phares comme la matinale de Jean-Jacques Bourdin, les Grandes Gueules, Radio Brunet ou M comme Maïtena.

Le Débrief de la semaine avec Jacques Séguéla, Eric La Bonnardière (Evaneos) et Richard Menneveux - Frechweb



Nouveau Débrief de la semaine avec Jacques Séguéla, emblématique publicitaire français, et Eric La Bonnardière, co-fondateur et CEO de la plateforme française Evaneos, spécialisée dans les voyages sur-mesure et sans intermédiaire. Face à Richard Menneveux, le fondateur de FrenchWeb, ils abordent les questions entourant la puissance grandissante des GAFA dans le monde entier.

Au programme:


SUR LE VIF / JACQUES SÉGUÉLA, CONSEILLER CHEZ HAVAS

Jacques Séguéla, conseiller chez Havas présente son nouvel opus baptisé "Le diable s'habille en Gafa", dans lequel il explique les dérives des géants du web (Google, Apple, Facebook, Amazon).


samedi 23 décembre 2017

Un message de Jacques Séguéla : Un geste solidaire pour les fêtes de fin d’année








Chers amis,

C'est avec honneur que nous vous proposons de clôturer cette fin d'année en beauté par un geste solidaire. Un geste solidaire pour aider à lutter contre l'insuffisance cardiaque, lutte orchestrée par le Professeur Philippe Menasché, chirurgien cardiaque à l'Hôpital Européen Georges Pompidou, qui a fait de ce combat son quotidien.

Ce chirurgien de cœur est à l'origine d'une découverte importante : l'utilisation de cellules souches et des substances qu'elles sécrètent pour soigner cette maladie fréquente et grave, souvent plus fatale que le cancer.
Ce véritable médicament biologique d'avant-garde active les voies de réparation dans le cœur lui-même et permet d'améliorer sa contraction. 

Nous faisons donc appel à vous aujourd'hui, pour soutenir ce projet. Vos dons permettront au Professeur Menasché de créer un produit à partir de ce ‘jus de cellules’, traitement moins couteux que le recours aux greffes de cellules. Ainsi un grand nombre de patients auront accès à ce traitement efficace, à ce soin vital.

Nous comptons sur vous et votre générosité, et nous vous souhaitons de très bonnes fêtes.

Bien à vous,
HAVAS Group









PS : Vos dons avec Thellie.org
Thellie est une plateforme non-profit de crowdfunding qui rassemble des communautés de chercheurs, des citoyens, des associations, des entreprises pour accélérer le progrès médical. Nous appuyer sur Thellie c'est avoir la garantie d'une transparence sur la gestion financière et la traçabilité des dons, c'est faire le choix d'une efficacité redoutable puisque 100% des dons sont renversés aux projets de recherche et déductibles des impôts. 









samedi 28 janvier 2017

Le Gros Journal avec Jacques Séguéla : « Macron est le fils adultérin de Ségolène Royal et du Nicolas Sarkozy de 2007 »

Ce soir dans le Gros Journal, c’est à côté d’une 2 CV sur les quais de Seine, à Paris, que Mouloud Achour reçoit Jacques Séguéla. Le célèbre publicitaire raconte sa passion pour cette voiture avec laquelle il a fait le tour du monde lorsqu’il était jeune. Il évoque son parcours, lui qui a conseillé François Mitterrand et Nicolas Sarkozy, signé des campagnes publicitaires demeurées célèbres et affirme que nous vivons actuellement un changement majeur de société.






Le Gros Journal avec Jacques Séguéla, l... par legrosjournal



On apprend notamment, au cours de cette rencontre, que Mitterrand était complexé par ses cheveux, et que la fameuse affiche de campagne « La force tranquille » aurait pu s’en trouver radicalement changée. Jacques Séguéla publie avec Christophe Haag Contre nos peurs changeons d’intelligence, un livre dans lequel il essaie de trouver un antidote à cette émotion paralysante qu’est la peur.

Mouloud Achour : Comment ça va, Jacques Séguéla ?

Jacques Séguéla : Mais bien, d’être là avec toi !

On est là avec cette 2 CV derrière nous, parce que c’est là que tout a commencé.

Quand je vois une 2 CV, je suis obligé de l’embrasser, de la caresser…

Mais avant que cette émission commence, un petit préambule : récemment, vous avez vu Jacques Séguéla sur tous les plateaux des chaînes d’info, donner son avis sur la politique, sur les élections, parce qu’il avait conseillé François Mitterrand, et qu’après il avait conseillé Nicolas Sarkozy. Cela dit pour nous, Jacques Séguéla est avant tout un publicitaire.

On parle assez mal de la publicité à la télévision, et donc on s’était dit que ce serait pas mal d’avoir Jacques Séguéla pour en discuter. D’ailleurs, il y a un livre qui sort ?

Absolument ! Il s’appelle Contre nos peurs changeons d’intelligence, allons vers l’intelligence créative.

On va revenir sur votre parcours parce qu’il est assez atypique. Vous avez commencé, vous, avec des parents médecins.

Oui mon père était radiologue.

Vous étiez un cancre !

J’étais un cancre, je suis dans le Guinness Book des records, j’ai mis 8 fois à passer mon bac ! J’avais pas le droit à 9…

Sur ce plateau, on avait reçu Idriss Aberkane, qui parlait du besoin de rendre l’Éducation nationale ludique.

L’Éducation nationale, qui est ce qu’il y a de plus important pour une société, le plus important dans la vie, se trompe complètement. Il ne faut pas faire des adultes, il faut garder les enfants. Cervantès disait : “La jeunesse est une maladie mentale, dont on guérit quelques fois avec l’âge”. Moi je dis “ne guérissez jamais !”. Regardez-moi, je suis toujours un clown, toujours un gosse.

Qu’est-ce que vous avez à dire aux jeunes générations ? Pour qu’elles réussissent à prendre des risques alors qu’on a l’impression qu’aujourd’hui, quelque soit la voie professionnelle qu’on prend, il n’y a pas de travail.

Je leur dis « c’est le temps des jeunes, c’est le temps des femmes, on est en train de changer de société ». On rentre dans la société collaborative, et aujourd’hui c’est celle des jeunes, c’est Blablacar, c’est Airbnb, c’est tout ce qui est en train… c’est la révolution digitale ! C’est la révolution digitale pour que les gens se retrouvent, pour que les gens se rassemblent, pour qu’ils parlent, pour qu’ils s’aiment ! Et ce siècle qui s’invente va complètement changer la donne. Je crois qu’il va changer la donne politiquement aussi. On est dans une sorte de tsunami qui se lève, et qui va soulever la France, les temps d’élection sont fait pour ça, ils sont fait pour créer des ruptures !

On a l’impression pourtant que cette élection n’incarne pas du tout cela. On a l’impression que l’élection de 2017, ce ne sont que des conservatismes qui s’affrontent.

Oui, sauf qu’il y a le phénomène Macron. Et Macron c’est justement ça. Macron c’est justement la jeunesse, c’est justement la rupture.

Donc Séguéla cela aurait été Mitterrand, Sarkozy, et maintenant Macron ?

Oui, oui. Tu sais, c’est une filiation. Moi je pense que Macron est le fils adultérin de Ségolène Royal, qui a inventé tout ce mouvement là, du désir d’avenir et tout cela, et de Nicolas Sarkozy. Il y a du Nicolas Sarkozy de 2007, celui qui a vraiment fait naître l’espoir. Hélas il n’est pas arrivé parce qu’il y a eu la crise.

Et là je propose un tour de magie, on va faire un grand tour de magie, on arrête la politique… Il y a quelque chose qu’on aimerait voir ensemble, on vous a demandé de choisir des films marquants dans la publicité. Donc le premier, c’est la pub GTI sur le porte-avions.

Je me suis dis, GTI c’est la vitesse, donc il faut faire une démonstration de vitesse… Porte-avions ! On va faire une course, on va mettre la GTI face à un jet, et effectivement, la voiture part plus vite que le jet. Puis elle arrive… Et alors après il a fallu trouver une idée pour qu’elle ressorte de l’eau. Comment on fait ? Sous-marin. J’envoie une équipe à Los Angeles pour voir comment on pouvait faire ça en studio, combien cela allait coûter, et une autre en Russie, parce que les russes étaient en train de larguer leurs porte-avions démodés, leurs sous-marins etc… Refus total. Donc je dis “Bon, il n’y a que tonton », on était en 81, 82 donc je demande un rendez-vous à François Mitterrand, je dis à sa secrétaire que pour moi c’est une question de vie ou de mort, on est à trois semaines de l’antenne, il faut qu’il me sauve de là, bon… Deux minutes après, elle me dit “le Président vous attend”. J’arrive, c’est le Président lui-même qui ouvre la porte. Il me dit “Séguéla, qu’est-ce qui se passe ? Vous avez-besoin de quelque chose ?”“Monsieur le Président, il me faudrait un porte-avions et un sous-marin”, “Monsieur Séguéla, vous êtes fou ! Mais pour quoi faire Séguéla ?”, “Mais pour faire de la pub monsieur le Président”. “Mais qu’est-ce que vous me racontez ?” Et je lui dis voilà etc… Il éclate de rire et me dit : “vous vendrez pas une bagnole avec ce truc là, mais c’est formidable pour l’armée française. Vous aurez votre porte-avions, vous aurez votre sous-marin”. C’est tellement mieux quand les Présidents font la pub et pas la guerre avec les sous-marins et les porte-avions, merci Tonton !

Là on va passer à une autre pub, c’est MTV Erotica.

C’est ma pub préférée parce que c’est la pub la moins chère que j’ai pu faire. Donc il fallait trouver une idée très simple, pas chère et tournable dans la nuit. J’étais avec une fille sublime, j’ai du m’accrocher pour pas tromper ma femme mais j’ai résisté, c’est elle qui fait la voix off, moi j’ai écrit les textes qui font pour moi le film le plus érotique, le plus enivrant, auquel on ne peut pas résister, que j’ai pu faire dans ma vie.

Dernière pub, et pas des moindres, c’est génération Mitterrand.

C’est ma seule pub politique, c’est le seul film que j’ai réalisé, et l’idée c’était de raconter 200 ans d’histoire de France en 600 plans et en 90 secondes. Et c’est un match de boxe ! Tu rentres dans la gueule…

C’est ça et c’est pas ça quoi. Parce que moi je me rappelle de ça, le changement c’est maintenant, c’était gênant.

Je le présente à l’Élysé. Le président dit “Séguéla je voudrais vous voir”. Je dis “Oh la la, qu’est-ce qui se passe ?”. Il me met dans son bureau et me dit “Séguéla, moi j’aime beaucoup votre film mais vous ne trouvez pas que je fais un petit peu petit par rapport à Kohl ?”.
Donc je retourne dans le studio et je dis “Les enfants, il faut faire quelque chose”. Il y a un mec qui me dit “Moi je peux lui couper la main de Kohl”. On a donc coupé la main de Kohl de 27 cm. Et donc Mitterrand a récupéré une quinzaine de centimètres par rapport à Kohl. Mitterrand était aussi très complexé par rapport à ses cheveux. Quand je lui ai amené l’affiche de “La force tranquille”. Il m’a dit “Seguela vous m’avez trouvé, mais est-ce qu’on pourrait pas cadrer plus serré ?” Je lui dis « Mais monsieur le président, si le cadre est plus serré la petite église n’existe plus, l’affiche c’est la petite église ». Et je comprend qu’il voulait cacher sa calvitie. J’ai dit « Mais non monsieur le Président, non, les Français veulent un père, ils veulent un grand-père, au contraire c’est parce que vous n’avez pas de cheveux que vous deviendrez Président ».

Aujourd’hui les gens s’intéressent plus à ce qui marche à la télévision plutôt qu’à ce qui se dit ?

C’est vrai de la télévision, ce n’est pas vrai de la publicité, le premier média d’aujourd’hui c’est l’idée, aujourd’hui il y a que si tu trouves une idée, qui va elle-même créer sa propre diffusion gratuite, qui va faire que tu trouves ça tellement marrant, que tu l’envoies à ton copain, qui l’envoie à son copain.

Donc pour terminer cette émission on boucle la boucle, et pour faire face à l’époque qui est de plus en plus sombre il faut considérer que la seule valeur que chaque homme et femme peut avoir pour s’en sortir, c’est l’idée. C’est considérer l’idée comme une valeur.

mardi 20 décembre 2016

Caroline Fourest face à Jacques Séguéla: Y a-t-il un style Cazeneuve ?


Une semaine après son arrivée à Matignon, Bernard Cazeneuve a prononcé son discours de politique générale à l'Assemblée nationale. L'enjeu était de montrer qu'il ne se limiterait pas à "éteindre la lumière" du mandat de François Hollande. Mais aussi de voter la prolongation de l'état d'urgence jusqu'au 15 juillet. Le nouveau Premier ministre a obtenu la confiance des députés, avec 305 voix contre 239. Rappelons au passage que le chef du gouvernement devient la personnalité politique la plus populaire. Il a détrôné Alain Juppé. Alors, y a-t-il un style Cazeneuve ? On en débat avec Caroline Fourest, essayiste, journaliste et réalisatrice. Ainsi que Jacques Séguéla, publicitaire et consultant chez Havas. - 19h Ruth Elkrief, du mardi 13 décembre 2016, sur BFMTV.

lundi 12 décembre 2016

Jacques Séguéla sur Castro : "l'icône est devenue la marque mondiale de la guérilla" par le JDD



VERBATIM - Jacques Séguéla, cofondateur de l’agence de communication RSCG, analyse l'imagerie du mythe révolutionnaire Castro.




J’ai découvert la symbolique Fidel à sa naissance. Au printemps 1960, à mi-tour du monde en 2 CV, je débarquais après la traversée de l’Afrique de l’Amérique à La Havane. Le règne du père de la révolution cubaine débutait, et déjà son effigie couvrait les murs de la ville.
«L’histoire de la révolution se vendait en image d’Épinal »

Pas une fenêtre qui n’affiche sa loyauté en drapeaux de fortune, pas un mur qui ne crie "merci Fidel" en dix lettres de goudron. Partout flottait le bonheur des lendemains qui chantent. Et déjà, l’histoire de la révolution se vendait en image d’Épinal au bord des trottoirs.

Les garçons portaient de fausses barbes et les filles des casquettes militaires. La révolution n’avait que quatre semaines. Le rêve entamait sa marche.
Fidel Castro était porté par tout un peuple qui déifiait son libérateur avant même qu’il ne gouverne. Je pensais avec Charles Péguy que "l'espérance est une petite fille qui se lève tous les matins". La fantasmagorie fait de même.

Lire aussi : Cuba sans Fidel
"N’avait mis la barbe à la mode avec un demi-siècle d’avance ?"

Ainsi vont les mythes : ils naissent des cœurs des peuples et non de la tête des publicitaires ou des designers. Ils sont élémentaires, simples mais pas simplistes, première nécessité pour franchir les frontières. Ils sont simples et emblématiques pour traverser les ans.

Mais les signes ne marquent leur temps que lorsqu’ils donnent un sens à leur siècle et une incarnation à leur créateur.
«Les marques ne rivalisent pas contre l’Histoire»

Chaque trait dessine la légende. Le visage à la fois baroudeur, penseur et jouisseur de Castro mordant son cigare à pleines dents comme il mordait la vie aurait-il eu le même impact s’il n’avait mis la barbe à la mode avec un demi-siècle d’avance ? Et serait-il devenu un des plus oniriques logos humains, rivalisant avec son frère d’armes et de cœur le Che ?

Son fumet : le havane. L’icône se fabriquera par la magie de l’imagerie planétaire. Elle deviendra la marque mondiale de la guérilla.

Lire aussi le verbatim de Kouchner sur Castro : "Son socialisme tropical n'avait plus de visage humain"

Des décennies de pouvoir passeront sous les ponts de l’Histoire. Et voici que Fidel Castro - la vieillesse est un naufrage - change de look. Le battle dress se mue en jogging Adidas. La révolution serait-elle devenue celle de la consommation ? Non, jamais Castro ne portera la marque Nike, symbole des États-Unis. Les marques ne rivalisent pas contre l’Histoire. Il n’y aura pas de Fidel Friday Wear, le treillis restera son habit de lumière, la barbe son auréole, la caquette sa couronne. Merci Fidel.