jeudi 21 avril 2016

Emmanuel Macron est « un Rocard digital » pour Jacques Séguéla by Public Senat

Simon Barbarit
Le 07.04.2016 à 18:30


Emmanuel Macron est « un Rocard digital » pour Jacques Séguéla

Emmanuel Macron surfe sur la vague de sa popularité et se met « en marche ! » pour « débloquer » la France. Avec le lancement de son mouvement qui se veut transpartisan, le ministre de l’Économie bouscule son propre camp. Une commande de l’Élysée en vue d’une potentielle candidature pour 2017 ? Le publicitaire Jacques Séguéla y voit lui le fer de lance « d’une régénération » de la politique.

En lançant hier à Amiens son mouvement politique « en marche ! » Emmanuel Macron peut déjà s’enorgueillir d’avoir attiré l’attention de la classe politique. C’était LA question d’actualité politique ce matin. Et si on met de côté le Front National et le Parti de gauche, lorsqu’on parle du ministre de l’Economie, certains semblent se faire un devoir de mettre en sourdine leurs critiques, comme s’il ne fallait pas insulter l’avenir. Un avenir qui au-delà des clivages traditionnels pourrait bien passer par lui. Selon l’hebdomadaire le Point, Jean-Pierre Raffarin le verrait d’ailleurs « comme le meilleur Premier ministre d’Alain Juppé », « il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux tempéraments » a-t-il complété ce matin. Le maire de Bordeaux évoquait lui-même le cas Macron le 17 février dernier. « Il vaut mieux être dans un gouvernement de droite que dans un gouvernement de gauche pour faire valoir des idées de droite ».

Un PS dubitatif sur la marche « d’Emmanuel Macron »

Mais son mouvement « ne sera pas à gauche et « ne sera pas à droite » a confirmé hier celui qui n’a jamais pris sa carte au PS. « Emmanuel Macron me semble parfaitement compatible avec l’UDI » en conclut quant à lui le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde. Décidément… Et comme nul n’est prophète en son pays c’est chez les socialistes qu’on est le plus circonspect sur la stratégie du jeune ministre. Une petite taquinerie sur Twitter de la part de Pascale Boistard qui conseille à ses followers d’écouter ce vieux tube de Jean-Jacques Goldman « je marche seul ».


Plus concret, le parton du PS, Jean-Christophe Cambadélis prédit « peu d’adhérents » en provenance de son parti à Emmanuel Macron mais « s’il contribue à élargir la majorité son apport est positif » estime-il. Voilà donc ce nouveau mouvement transformé en marche pied d’un François Hollande possible candidat à sa réélection en 2017, car pour ce qui est des ambitions présidentielles de l’ambitieux, Jean-Christophe Cambadélis se fait cinglant : « Vous savez, dans ma vie politique, des modernes qui ont terminé pas aussi bien qu'ils le pensaient, j'en ai vu des légions », comme « par exemple » Michel Rocard.

Emmanuel Macron Premier ministre de Nicolas Sarkozy ?

La comparaison est la même pour Jacques Séguéla, mais la teneur est tout autre. Loin de l’associer au destin présidentiel inabouti de l’ancien Premier ministre, le publicitaire préfère appuyer sur la modernité et la volonté de réforme propres aux deux hommes avec quelque chose en plus pour le benjamin. « Macron c’est un Rocard digital » assure le consultant d’Havas. Car cet habitué des campagnes électorales ne tarit pas d’éloges pour celui qu’il qualifie « de mutant ». « Il a tout compris à la refondation politique. Alors que les autres croient encore que la communication passe par les plateaux TV, lui a parfaitement intégré l’uberisation de la politique. C’est ce qu’il dit quand il assure vouloir refonder par le bas. Il a le talent, l’entregent, la séduction, le culot. Il représente la seule chance pour régénérer la politique qui est frappée par une chute d’image que seules les péripatéticiennes ont connu » assure cet expert en hyperboles. Pour autant, l’inventeur du slogan mitterrandien « la force tranquille » estime qu’Emmanuel Macron n’est pas prêt pour 2017, « c’est trop tôt, il faut qu’il incube la fonction, il a la culture digitale, la culture économique, il lui manque la culture présidentielle ». Et pour y remédier, Jacques Séguéla annonce son hypothèse rêvée : Emmanuel Macron Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Car si les Français n’étaient pas prêt pour l’ouverture en 2007, le FN a changé la donne selon lui. « Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle, mais perdra face au candidat de droite. Et un gouvernement d’union nationale sera la seule solution pour faire passer des réformes » pressent-il.

La marche manque de « poésie »

En bon professionnel, le fils de pub concède un léger reproche à la stratégie d’Emmanuel Macron : le nom de son mouvement. « En marche, ça fait partie des mots les plus usés par les politiques, moi-même je ne me souviens plus pour qui je les ai utilisé. Ça fait très militaire, alors que pour Désir d’Avenir de Ségolène Royal il y avait de la poésie, j’ai adhéré tout de suite ». Parole d’expert.

Marcher ou rester assis sans rien faire ? Emmanuel Macron laisse le choix

A y regarder de plus près, « En marche ! » ne brille pas par son originalité et souffre déjà de beaucoup de déclinaisons en politique. « La France en marche » était déjà le slogan en 1965 de Jean Lecanuet, candidat centriste à l’élection présidentielle de 1965 ou plus prêt de nous celui de la campagne pour les dernières élections départementales avec « l’alternance est en marche ». S’il est trop tôt pour comptabiliser le nombre d‘adhérents de ce mouvement, ils étaient 250 « Macronistas » lors du lancement hier à Amiens, on se contentera d’aller faire un tour su le site Internet et de regarder la vidéo de présentation. Elément notable, il faut s’inscrire pour y accéder, c'est-à-dire cocher la case « je marche » et inscrire ses coordonnées électroniques, plutôt que la case « je reste assis sans rien faire ». Dans ce dernier cas, la phrase « Ça fait plus de 30 ans que le taux de chômage des jeunes n'est pas descendu en dessous de 15% » pourrait vous faire changer d’avis. « En marche ! » est ouvert « à toutes celles et tout ceux qui partagent le constat de blocage de notre pays et qui se retrouvent dans les valeurs qui guident ma réflexion et mon action : l’attachement au travail, au progrès et au risque, une égale passion pour la liberté et la justice, un attachement européen profond et exigeant, une croyance inébranlable dans l’énergie de notre pays, pour lui redonner confiance » écrit le ministre de l’Economie. Son mouvement est par ailleurs domicilié à l’adresse de Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, un cercle de réflexion réputé proche du patronat.


Macron : « piège à cons

Marche pied pour François Hollande ou mise en marche d’une candidature pour 2017, difficile d’établir un pronostic, même si ce midi sur Public Sénat, le sénateur (LR) de Paris, Pierre Charon penchait, avec des mots fleuris, plutôt pour la première : « c’est un piège à cons, je pense que c’est commandé par l’Elysée ».



Pour Jean-Daniel Levy, directeur du département Etudes et Opinions de Harris Interactive, ce mouvement politique confirme que le ministre de l’Economie « n’est pas enfermé dans un étau idéologique ». « Il est dans une approche, qui veut dire : je veux compter, je veux jouer un rôle pour 2017, il profite de l’éclosion de popularité de ces deux dernières années » analyse-t-il. Selon la dernière étude de son Institut 43% des Français lui accordent leur confiance. Il s'agit même du 3ème ministre, derrière Bernard Cazeneuve (53%) et Jean-Yves Le Drian (51%). 61% des sympathisants socialistes lui font confiance, 59% chez Les Républicains et seulement 6% au Front de Gauche. « C’est assez rare pour un ministre en exercice de se positionner de cette façon là : ni de gauche, ni de droite. Cela montre que le discours sur l’ « l’UMPS » de Marine LE Pen est intégré par ses adversaires » estime Jérôme Sainte-Marie, politologue et président de l'Institut de sondage Pollingvox. Une analyse que n’a pas partagée en fin d’après-midi Manuel Valls. Dans un tacle à son ministre de l’Economie, il juge « absurdede vouloir effacer les différences » entre la gauche et la droite. Toute la question est de savoir si une nouvelle force politique « sociale libérale » ou « transpartisane » peut passer le premier tour de la prochaine présidentielle.

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