mardi 15 novembre 2011

Préface République

MON DEPUCELAGE REPUBLICAIN 

  J’ai découvert la République par sa com. On ne se refait pas. Avant de fréquenter ses grands prêtres et ses temples, j’ai vibré à leurs oraisons. Ils ont été mes premiers maîtres publicitaires. Je sais, ils détestent cet amalgame. Ils font de la politique, nous, Fils de Pub de là communication qui, pour eux, souvent rime avec manipulation. Désolé, que font-ils d’autres que nous envoûter par leur verbe avant de nous désespérer par leurs actes. Toute lessive qui se vante de laver plus blanc et lave plus noir disparaît du marché en quelques mois. Eux restent. Comment en serait-il autrement, la France est un pays ingérable les Français étant un peuple ingouvernable. Aussi ai-je respect et admiration pour ces femmes et ces hommes qui consacrent leurs vies à tenter de créer un avenir à un peuple qui ne s’intéresse qu’à son présent. Qu’importe nos permanents reproches, de crises en crises, de peurs en peurs, de pleurs en pleurs, ils font notre bonheur : 82% des Français se disent heureux, à l’heure même où les pisses froid de service nous prédisent la fin du monde. 
Et si ce bonheur nous le devions à notre bonne vieille République ? Liberté, égalité, félicité n’est-il pas sa réelle devise ? Marianne est le gérant de notre quotidien et le garant de notre morale, notre garde du corps et notre garde du coeur, notre excitant et notre exécutoire, notre tableau d’honneur et notre souffre douleur, notre éclatant besoin de critiquer mais tout autant notre secrète envie d’avancer. Force est de reconnaître qu’entre nous, de gré ou de force, c’est fusionnel depuis 1789. 
A chacun son dépucelage républicain, le mien date du 20 septembre 1962, et je lui dois 3 mercis. 

Merci mon Général, 

J’avais 28 ans, l’âge où tout commence et justement s’achevait mon apprentissage. Mon tour du monde en 2 CV, le premier du genre, m’avait ouvert les portes de la com par l’entrée des artistes, celle de Paris Match. Quelle chance, j’entrai en communication comme on entre en religion. Le magazine était alors le temple de l’actu, j’ai vécu cette initiation en séminariste. 
La salle de rédaction du journal connaissait, ce jour-là, l’effervescence des grandes news. Dans une allocution radiotélévisée, dont il n’avait pas encore le secret, le général de Gaulle, un mois à peine après l’attenta du Petit-Clamart, allait proposer aux Français une révolution de palais républicaine. Etait-ce le souci de donner à son successeur les moyens d’une vraie légitimité ou celui, plus plausible, de marquer une fois de plus l’histoire de France de son sceau par ce référendum : les deux mon général. Les Français allaient décider d’élire leur prochain président de la République au suffrage universel direct. La vie politique asphyxiée par les institutions caduques changeait d’ère. Cent quatorze ans après l’élection de Louis Napoléon Bonaparte, la désignation du président de la République redevenait le pivot de la vie démocratique. Au feu les sombres tractations des parlementaires, place au vote, en pleine lumière, des citoyens. Ce bouleversement des mœurs politiques reléguait au Musée des Souvenirs les campagnes référendaires, si rares et si impersonnelles. 

Merci, mon Général, grâce à vous, la publicité entrait dans l’Histoire. 

Merci Mendès, 

Je n’imaginais évidemment pas que j’aurais la chance infinie de vivre en direct cette aventure mais je vibrais déjà à ce talent suprême de changer le monde en quelques phrases galvanisées par leur mise en onde. N’étant pas un d’un naturel politique, j’oubliai le fondement civique de cette nouvelle vague démocratique pour me rouler dans l’écume du frisson médiatique. 
Sans le savoir, mon destin se jouait. Il me faudra attendre vingt ans, le temps de quitter le journalisme pour la pub et d’y faire mes armes, mais ma vocation de communicant politique est née là, dans les volutes de gitanes papier maïs de la salle de rédaction de Match où nous relations, sans le savoir, une page d’histoire de France. 
Nous sommes les descendants des Gaulois, la réforme n’ira pas sans heurter certaines sensibilités. Nombre d’hommes politiques verront, dans cette présidentialisation excessive, la porte ouverte au césarisme. Avaient-ils réellement tort ? Première victime et quelle victime : Pierre Mendès France, l’adversaire le plus talentueux et le plus ombrageux du Général. Bien que jouissant d’une immarcescible aura dans la gauche française, l’ancien président du Conseil, viscéralement hostile à ce mode d’élection, refusa de concourir. Sa défection ouvrira la voie élyséenne aux autres candidats de gauche. 

Merci, Mendès, sans ce renoncement je n’aurais peut-être jamais rencontré François Mitterrand. 

Merci Gaston, 

Mon futur président préféré aura, lui, l’habileté de ne pas s’opposer à la réforme, sinon dans sa forme : un vote du Congrès lui aurait paru plus légitime. En fin politique, il sentit que ces nouveaux horizons s’ouvriraient à ceux qui sauraient les regarder en face. « Depuis 1962, écrit-il dans Ma part de vérité, j’ai su que je serais candidat. Quand ? Comment ? Je ne pouvais le prévoir. Je ne disposais de l’appui ni d’un parti, ni d’une Eglise, ni d’une contre-Eglise, ni d’un journal, ni d’un courant d’opinion. Je n’avais pas d’argent. Autant de raisons pour ne pas être candidat, à moins que ce ne fussent autant de raisons pour l’être. » Le futur patron de la gauche oubliait l’essentiel, mais l’oubliait-il vraiment ? Défier le pouvoir à cette époque tenait de l’utopie. 
De combien de couvertures de magazines se souvient-on quarante ans plus tard ? Je n’oublierai jamais celle de l’Express du 19 septembre 1963, titrée : « Monsieur X ». Suivait un article décrivant, sans le nommer, le candidat idéal de la gauche. Rien d’autre que le premier teaser politique ! 
Le jour de gloire du marketing politique venait de sonner. Je n’avais jamais imaginé que cet artisanat débutant qu’était la pub à cette époque, dévouée aux lessives et aux automobiles, puisse se mettre au service de la République. Certes, ce n’était qu’un coup de presse, mais il flottait dans ce démarrage de campagne un air de jamais vu, de jamais dit, de jamais fait, qui m’émerveillait. 
L’idée qui titilla la France entière, venait de Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber. Paris se mit à bruire de rumeurs jusqu’à celle, lancée par l’Elysée, d’une présidentielle anticipée pour renforcer la légitimité du sortant. Coup de génie avant tout pour le magazine rebelle en cette période si conformiste, mais, coup d’épée dans l’eau pour le d’Artagnan un peu enrobé de la gauche, la droite conserva le pouvoir. Pour Gaston un drame, pour moi un bonheur : sans ce teaser 1981 n’aurait peut-être jamais été la campagne qu’elle fût, et la Force Tranquille jamais vu le jour. 

Merci Gaston Deferre. 

Merci Marianne, 

Le bal des signes pouvait commencer sa ronde. Désormais, le fond ne passera plus sans la forme. Les intellos hurleront au déclin de la politique. En vain, désormais le pouvoir ne sera plus à l’Elysée mais dans les médias. La télévision fera l’élection en attendant que le net la défasse. Nos gouvernements ne cesseront de s’en plaindre. Tout en s’adonnant corps et âme à la farandoles des images. Ils deviendront ainsi les premiers acteurs du petit théâtre de la dérision de leur fonction. Mais comment pourrais-je les blâmer, j’ai été, même sur la réserve, leur prosélyte et leur complice. 

Merci ma chère Ve république 

Curieuse préface me direz-vous : Vous la bornez à quelques souvenirs d’enfant gâté de la com. Et la grandeur de la France … bordel ! Oubliez vous que sans tous ces grands serviteurs de la République, défenseur de la démocratie, pourfendeurs des guerres et des crises, régulateurs de nos sociétés, managers de notre présent, inventeurs de notre avenir nous ne serions plus depuis des lustres la 5e puissance du monde et le pays le plus envié par tous les autres pays du monde sauf un, la France. 
Non, je n’oublierai rien : cette cinquième république je l’aime comme on aime la Femme de sa vie, refusant d’en changer quelque soit l’incertitude du moment. Mais une préface n’est pas écrite pour l’auteur qui vous l’a demandé mais pour soi. L’écriture est la forme la plus sublimée de l’égoïsme et de l’égo. On pratique ce sport pour se donner du bonheur. Si d’autres en profitent tant mieux. Sinon qu’importe, le plaisir est dans l’écriture, pas dans la lecture. 
Et justement celle que vous entreprenez est passionnante, instructive, savoureuse. Un voyage au centre de la terre républicaine mêlant l’introspection de Jules Verne, ce grand voyant de l’Histoire à la sagacité de Blaise Cendrard, son grand voyeur. Vous allez vivre les engagements et les errements, les heurts et les bonheurs, les vertus et les vices, de celle à qui nous devons le plus beau titre du monde : les Inventeurs de la Démocratie. 
N’en perdez pas une ligne. Vous allez vivre le récit palpitant de notre histoire d’amour, aux mille rebondissements, avec la plus belle fille de France : notre Marianne. 

Bonne love story !

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