vendredi 23 mars 2012

DIRECT MATIN

LE TOURNANT 

  Jamais campagne n’aura été aussi poignante. A la manière des séries américaines, chaque épisode s’enchaine sur un nouveau rebondissement. 

Débutée dans les stuppres Strauskanienne, relancée dans les hourrah de la primaire, révélée par les débats omniprésents, actu en boucle oblige, à l’orée de l’enlisement dans l’étouffoir médiatique de l’équité, la voici relancée par l’horreur terroriste. Les drames sont des révélateurs de caractère. Et cette campagne se joue sur le caractère. Ce si douloureux fait divers a aussitôt viré au fait politique : les masques sont tombés, la victoire a changé de camps. 

Que penser de François Bayrou, le Prince de la morale, refusant de renoncer à son meeting du soir même, pour mieux dénoncer l’hallalisation Sarkozienne, « détonateur » de l’attentat. 

Que dire de Jean Luc Mélanchon, le révolutionnaire « entrant en résistance », renonçant au sas de silence qu’imposait ce traumatisme national pour mieux traiter à son tour Nicolas Sarkozy d’anxiogène. 

Que croire de François Hollande lui-même, le Janus de la République jouant les Présidents fantôme, s’écriant à juste titre « c’est la république dans ce qu’elle a de plus grand, de plus fort, son unité qui doit répondre de cette barbarie », mais qui se précipitait dès le lendemain chez BFM pour lancer tout aussi insidieusement : « il y a des mots qui influencent, qui pénètrent, qui libèrent … ». Craignent ils tous que la gravité de l’heure profite au discours le plus Regalien ? 

Que sous entendre de Marine Le Pen, la fille de son père, déclarant sur LCI « le danger fondamentaliste a été sous estimé dont notre pays … c’est un recul de la république … et un aveuglement idéologique ». Au moment même où le GIGN soigne ses blessés et cerne le tueur. 

Curieusement, nul d’entre eux ne s’est réjouit que le « candidat sortant » soit redevenu le Président protecteur, Chef d’Etat et de guerre, fut elle contre un seul homme, né pour tuer. La guillotine des sondages est tombée : Sarkozy accroit son avance sur Hollande (30 /28), Marine Le Pen chute à 13, l’espoir de victoire change de camps. 

La série a repris son cours, la parole est aux petits candidats priés, dans les 15 jours qui leur restent, de devenir grands. Mission impossible ! Les favoris continueront leur course en tête. Les familles de Gabriel, d’Arieh, de Jonathan, de Myriam pleurent leurs morts. Que les politiques n’oublient pas leurs promesses faites sur leurs tombes de « vivre ensemble ». 

Les Français eux ne l’oublieront pas. 


Jacques Séguéla 

Puteaux, le 23 Mars 2012

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