mardi 24 avril 2012

Présidentielle 1981



Et voici l'affiche de ma vie, pourtant si fanée lorsque je la retrouve. Mais quelle aventure!

Tout a commencé en septembre 1980, six mois avant le vote. En apparence, la partie était perdu. Dans les sondages, Mitterrand plafonnait à 36, VGE planait à 64.

Mais tout cela n'était qu'apparence. Je me mis au travail avec Jacques Pilhan qui fut l'âme marketing (et quelle âme!) de cette success story. D'emblée, nous fîmes avec la Cofremca une étude en profondeur. Les Français avaient changé et, puisqu'ils avaient changé, ils exigeraient le changement. Conclusion: nous changerions de Président.

La mutation n'était pas politique mais sociologique.

Nous abandonnions l'âge de l'Avoir pour entrer dans celui de l'Etre. Il suffisait de cueillir l'évolution. Nous dressâmes, avec Jacques, et Gérard Colé, qui fut le troisième oeil de cette campagne, le tableau comparatif des deux adversaires. Dès lors, le jeu était simple: pousser Giscard sur ses fautes, tout en faisant de nos propres faiblesses des forces. Première qualité cotée par les Français pour le président sortant: il est intelligent. A nous de faire que son excès d'habileté tourne à la manipulation. Il est séducteur, bien, mais au détriment de la tenue de ses promesses. Il est racé. Il sera hautain, donc coupé du peuple. Il est racé. Il sera hautain, donc coupé du peuple. Il est visionnaire. Ses songes seront creux. Il est cultivé, voici un technocrate. En un mot, il est l'homme qui plaît. Face à lui, nous allons opposer l'homme qui veut. François Mitterrand est vieux. Il sera sage. Il aura réglé le conflit entre plaisir et réalité, base inconscient de l'opposition entre gauche et droite. Il n'a plus l'âge des ambitions personnelles. Il sera serein, riche de sa paix intérieure. On le dit intellectuel, il sera réaliste. Ami du bon sens, proche des gens, de leur quotidien. On le dit perdant, il sera tenace. On le dit tacticien, il sera vrai. Quant au littéraire, c'est un passionné qui ne se bat pas pour le droit, mais pour nos droits? Bref, Mitterrand contre Giscard, ce sera Roosevelt contre Louis XV, le New Deal contre la vieille donne.



Restait à mettre en pratique, pour la première fois pour un homme politique, la méthode de tous nos succès publicitaires, notre star stratégie.

Physique du candidat Mitterrand, son programme: le changement tranquille. Caractère naturel: l'homme tranquille. Manquait le style. Il nous fallait un trait d'union graphique élémentaire et fort pour cimenter l'enchaînement de toute la campagne. Seul, langage spécifique pouvait, le jour venu, soutenir isolément chaque député socialiste lors de la bataille législative. Rien ne sert d'aller par quatre chemins pour symboliser une nation. Les couleurs de son drapeau suffisent. Notre style serait donc tricolore. Tricolore et serein. Quant au slogan, qui fit couler tant d'encre, il coulait de source: comme traduire autrement que par Force Tranquille, le changement tranquille proposé par un homme tranquille à une France tranquille ?

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