vendredi 20 juillet 2012

Jacques Séguéla préface le livre d'Éric Lafforge

BONS BAISER DE PYONGYANG 



Nous sommes le siècle du mouvement perpétuel des images, noyés dans un flot incessant de vidéos, de spots, de clips, asphyxiés par l'overdose d'infos. Étourdis par cette danse des signes, nous finissons par en perdre le sens. Et soudain, une image arrêtée nous fixe. Par son immobilité, elle arrete le temps et nous plonge dans nos fantasmes. Cette vérité de l'instantané, prise au vol de l'accélération du temps, fait notre culture immédiate. La photographie a l'avenir devant elle.

Éric Lafforge est un fixateur du vivant. Il n'a que quelques années d'âge dans ce métier, mais connaît déjà la sacralisation de "grand reporteur", il la doit aux Papous de son premier voyage et aux Coréens du Nord, son second. Deux "tribus" à l'opposé du monde, et tout autant éloignées de nos moeurs occidentales. De ce pays-prison, nous ne connaissons que les clichés surannés et enneigés de défilés post-soviétiques et croquignolesques. Éric nous entraîne ailleurs et autrement dans la lecture des sourires, des  regards, des émotions, de ces femmes et de ces hommes qui le peuplent. Puriste et pissefroid feront leurs critiques d'usage, mais lire la Corée du Nord à visage découvert est un engagement, politique et culturel. Son oeil nous interpelle sur cette dictature hors d'âge et hors du monde. Et, avant tout, sur ce peuple qui n'a pas choisi d'y naître, mais y vit, pour le pire comme pour le meilleur. Face aux reporteurs  de guerre, il y a les reporteurs de vie. Ils ne sont pas moins nécessaires à l'équilibre de l'actu. De sa pérégrination coréenne, le photographe n'a shooté que ce que le gouvernement a bien voulu lui laisser voir , cependant chacune de ses prise de vues est une prise de conscience. La vie est plus forte que ceux  qui pensent l'annexer, la démocratie est le seul avenir de l'Homme.  

D'aucuns regretteront que ce guide visuel ne soit pas plus exhaustif, c'est une radiographie, pas une encyclopédie. L'homme se découvre derrière l'instantané, l'humanité derrière la technicité, l'âme derrière  l'instantané, l'humanité derrière la technicité, l'âme derrière l'image. On n'est pas photographe, on naît
photographe. Ce grand reporteur de Rapho est avant tout globe -trotter de la réalité poétique de notre globe, couvrent sas vices et ses vertus, ses rêves et ses réalités. Vous allez découvrir les premiers jours du règne de Kim Jong-un, ce jeune homme de 27 ans qui pense pouvoir perpétrer le triste héritage de son père, mais qui découvrira vite qu'il n'est plus de saison. Aucun mur n'est assez haut pour emprisonner la marche de la liberté. C'est le message en carte postale de cet OCNI (objet Communicant Non Identifié). 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire