mardi 9 avril 2013

Le remaniement, c’est maintenant: les conseils de Jacques Séguéla

      Photo : Francois Hollande/Flickr cc.


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Après le séisme de l'affaire Cahuzac, François Hollande n’a d’autre choix que de préparer activement des mesures de moralisation de la vie politique pour tenter de sortir par le haut du premier scandale de son quinquennat. Pour le publicitaire Jacques Séguéla un remaniement est même indispensable. Entretien.

Le président de la République a reçu le Premier ministre, dimanche à l'Élysée, pour évoquer avec lui les suites à donner à l'affaire Cahuzac. « Il est froid, très dur », confie un conseiller au Figaro.« C'est une lame. Il ne fera pas de sentiments et prendra les mesures qui s'imposent. » Pour le publicitaire Jacques Séguéla, le Président n’a en effet plus le choix, un véritable changement s’impose.

JOL Press : Le chef de l'Etat s'est montré très discret depuis l'affaire Cahuzac. Est-ce selon vous une bonne tactique de communication ?

Jacques Séguéla : Personnellement, je trouve que François Hollande n’est pas très bon dans la communication normale d’un président normal. Sa dernière allocution télévisée, par exemple, n’a fait qu’alourdir les sondages. En revanche, je le trouve très bon communicant dans les moments difficiles : il a été très bon sur le Mali et il n’a pas fait de faute de communication sur l’affaire Cahuzac. Il a trouvé les mots qu’il fallait et il a tout de suite montré son intention de mettre un terme à cette boue remuée avec une loi d’envergure sur la moralisation de la classe politique.

Comme il est inaudible en ce moment et comme son Premier ministre est encore moins bien capable que lui de faire passer le message, on n’entend pas bien ce qu’il dit mais on ne peut pas dire qu’il y ait eu de fautes de communication.

JOL Press : Que doit-il faire dans l’immédiat ?

Jacques Séguéla : Il est capital que le chef de l’Etat ne perde pas de temps dans la mise en place des mesures qu’il a annoncées et qu’il ne bricole pas. Par ailleurs, je pense qu’il est obligé de choisir entre trois mauvaises sorties. La pire serait de dissoudre l’Assemblée, il n’aurait évidemment pas la majorité ; il pourrait aussi faire un référendum qu’il pendrait ; il va donc être obligé de choisir la solution la moins pire qui est un remaniement ministériel. Là je ne parle pas d’un simple remaniement mais d’un changement profond de sa façon de gouverner.

Il doit mettre en place un gouvernement de combat de dix à quinze ministres au grand maximum : il parle d’économie et il a 35 ministres, comment peut-il être crédible ? Il doit garder les meilleurs et renouveler au moins 50% de ses ministres. Il faut des gens de poids, différents, professionnels… Je pense que Martine Aubry a sa place, que Ségolène Royal a sa place, François Rebsamenaussi. Il doit mettre dans son nouveau gouvernement des poids-lourds de la politique en qui il a confiance, quitte à placer un ou deux techniciens apolitiques pour dépolitiser un peu son action.

S’il garde ce gouvernement où il a voulu répartir les postes en fonction des voix, il n’y arrivera pas. Il est désormais obligé de faire un gouvernement de combat. Pour reconstruire la gauche, François Hollande doit changer de discours.

JOL Press : Quel devrait être le nouveau discours de François Hollande ?


Jacques Séguéla : La gauche, c’est le respect des femmes, on a eu l’affaire Strauss-Kahn. La gauche, c’est l’abjection de l’argent, on a eu l’affaire Cahuzac. La gauche, c’est la défense de la justice sociale, on a un pic de chômage. Le Président doit donc absolument trouver un nouveau combat. Pour ma part, je pense qu’il n’y a qu’un combat possible : l’emploi, le redressement, lamorale. C’est le tiercé gagnant. Jusqu’au mois de septembre, il est obligé de se focaliser sur ces trois idées, pas une de plus, et doit laisser tomber toutes les lois accessoires, qu’elles soient sociétales ou autre.

JOL Press : Sorti le matin par une porte dérobée de l’aéroport de Brive à cause d’une poignée de manifestants anti-gaz de schiste, entré par la porte arrière dans la préfecture de Tulle car 50 opposants au mariage pour tous se faisaient entendre, le Président n’a-t-il pas, ce week-end, donné l’impression de fuir les problèmes au lieu de les affronter ?


Jacques Séguéla : En faisant cela, il n’a pas envoyé un bon signe aux Français. Il doit retrouver le candidat qu’ont aimé les Français. Ils ont aimé le candidat et détestent le Président. Il doit donc retourner directement parler aux Français, comme il a su le faire, dans une grande émission de télévision. Il peut réussir. Il a des qualités audiovisuelles. Il faut qu’il se retrouve en face des Français, qu’il réponde à leurs questions même sur des sujets difficiles. Il doit le faire sans intermédiaire, sans filtre, sans écran, entre lui et les Français, comme il l’a fait pendant sa campagne.

Il aurait mieux valu mieux qu’il affronte les manifestants. Certes, c’était un risque supplémentaire, mais s’il était allé voir ses opposants, s’il les avait invités à la mairie pour leur offrir un café, par exemple, il aurait gagné un peu de crédibilité auprès des Français.

JOL Press : Insister sur la moralisation de la vie politique, est-ce suffisant pour retrouver la confiance des Français ?

Jacques Séguéla : A présent, on ne compte plus que deux Français sur dix qui lui font confiance. On n’a jamais vu ça. Pour retrouver la confiance, il doit tout mettre en œuvre pour que ce genre de scandale n’arrive plus, prendre des mesures dans les dix jours qui viennent. Et après, il faut qu’il s’attèle à la reconstitution de son image et de sa crédibilité. C’est à ce moment-là qu’il doit introduire son changement de gouvernement. Il faut que dans le deux mois qui viennent il ait agit.

Les priorités pour lui sont les suivantes : 1. La loi ; 2. Trouver un nouveau discours pour toucher les Français ; 3. Les rencontrer les yeux dans les yeux ; 4. Changer de gouvernement.

JOL Press : Si vous deviez le conseiller, c’est ce que vous lui diriez ?

Jacques Séguéla : Oui exactement. Mais « les conseilleurs ne sont pas les payeurs », ce n’est pas facile de gouverner. Je préfère être à ma place qu’à la sienne.

Propos recueillis par Marine Tertrais

Jacques Séguéla est un publicitaire, cofondateur de l'agence de communication RSCG en 1970 (absorbée par le Groupe Havas en 1996). Il a longtemps conseillé François Mitterrand. Lors de la campagne présidentielle de 1981, il se fait remarquer par le slogan puisé dans un célèbre discours deLéon Blum : « La force tranquille ».



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